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lundi 22 mars 2010

Pour la BD Africa Dreams, visite guidée avec les époux Charles

A quelques encablures du centre de Bruxelles, le Musée royal de l’Afrique centrale a ouvert il y a bientôt cent ans à Tervuren. Il contient une documentation très riche que les époux Charles et le dessinateur Frédéric Bihel ont pu consulter pour réaliser leur nouvelle saga en quatre tomes Africa Dreams. Son premier épisode s’ouvre d’ailleurs sur ce lieu. Un voyage de presse a été organisé par Casterman pour mieux comprendre la trame historique et notamment le scandale du « caoutchouc rouge ». Visite guidée avec les auteurs et leur éditeur Arnaud de la Croix.

Le musée a ouvert en avril 1910, un an après le décès de Léopold II qui en est l’instigateur. Sur ce domaine appartenant à sa sœur Charlotte à Tervuren, il organise en 1897 la section coloniale, le «Palais des colonies», de l'exposition universelle de Bruxelles. Le succès populaire lui donne l’idée de créer un ensemble dédié à l’Afrique Centrale dans le but aussi d’en faire une vitrine pour d’éventuels investisseurs. L’architecte du Grand Palais à Paris, Charles Girault, réalise les plans du bâtiment central situé au milieu d’un parc somptueux.

Son histoire est intimement liée à la soif du roi Léopold II (ci-contre) de constituer un Empire colonial en Afrique dans la bassin du Congo. Sa rencontre avec le journaliste et explorateur anglo-américain Henry Morton Stanley (ci-dessous) sera déterminante. L’homme réalisera deux expéditions entre 1879 et 1885 pour le compte du roi des Belges. Usant souvent de la force, il installe une série de comptoirs commerciaux le long du Congo. Léopold II réussira à la Conférence de Berlin (novembre 1884 – février 1885) à imposer auprès des autres puissances coloniales et des Etats-Unis que son Etat « libre » construit de manière totalement arbitraire au travers de son Association Internationale Africaine sur une surface de deux millions et demi de kilomètres carrés lui soit accordé à titre personnel. En 1886, le monarque devient roi de l’État Indépendant du Congo où il ne mit jamais les pieds.

Il s’agissait d’un investissement privé où il organisa l'exploitation intensive et la récolte du caoutchouc qui provient de l'hévéa, produit fort demandé à l’époque et la chasse à l’ivoire. Il tira une richesse considérable de sa propriété qu’il réinvestit en Belgique. Mais surtout entre 1895 et 1905, l’intensification de l’exploitation du caoutchouc donna lieu à des exactions terribles : travail forcé rendant obligatoire la livraison de 15 kilos de caoutchouc par homme, prise en otage d’une partie des villageois pour obliger l’autre moitié à cueillir la précieuse sève, terreur avec des milices cannibales, mutilations des récalcitrants, exécutions sommaires… La population a souffert, délaissant l’agriculture et son nombre a diminué nettement. Ces exactions surnommées « caoutchouc rouge » ont été finalement dénoncées par des Belges comme le magistrat Arthur Vermeersch (La Question congolaise) et la communauté internationale comme le britannique Edmund Dene Morel (Red Rubber). Une commission d’enquête confirma les accusations et aboutit en 1908 à transférer à la Belgique la souveraineté de la colonie congolaise.


Plus de cent ans après les faits, le sujet reste très sensible en Belgique. « Il y a quand même eu d’énormes dérives que certaines personnes préfèrent continuer d’ignorer ! La presse belge a longtemps considéré que les écrits de Morel par exemple étaient de l’intoxication de la part de la presse anglaise, mais il y a aussi eu des belges qui ont dénoncé le système.» s’insurge Maryse Charles. Elle aimerait bien que le roi Albert II demande aujourd’hui pardon. Avec son époux Jean-François, elle a essayé d’éviter le manichéisme, en cherchant à montrer toutes les visions possibles en s’appuyant sur de nombreuses archives et documentations pour que le lecteur d’Africa Dreams puisse se forger sa propre opinion. « Nous avons réuni une documentation très importante et avons eu un très bon contact avec le musée. En même temps, quand on a trop de documentation, on a peur de bouger. Nous avons un message court, simple à passer comme dans la pub. On ne réunit la documentation que pour servir l’histoire », tient à préciser Jean-François Charles.

Justement Africa Dreams n’est pas un ouvrage didactique mais une saga familiale dont la trame de fond est évidemment le Congo des débuts de la colonisation. « Nous racontons l’histoire de Leopold II certes, mais aussi celle d’un quidam, qui découvre l’Afrique sans savoir ce qu’il va y trouver. Comme en plus, il est missionnaire, l’Afrique va le chambouler profondément. » explique Jean-François Charles. « Comme souvent, nous écrivons une invitation au voyage, mais aussi une invitation à une prise de conscience et à un devoir de mémoire. Nous ne sommes pas historiens et d’ailleurs nous n’avons jamais prétendus l’être. Nous espérons que notre série soit un premier pas pour que les lecteurs s’y intéressent, poussent plus loin leur recherche de documentation et tirent les conclusions qui s’imposent. », résume son épouse.

Contrairement à India Dreams et War & Dreams, Jean-François Charles n’assure cette fois pas le dessin. Après avoir rencontré Frédéric Bihel au cours d’un festival de BD et collaboré sur la biographie dessinée de Massoud, ils ont eu envie de retravailler ensemble. « Aujourd’hui, nous préférons travailler avec quelqu’un que nous apprécions notamment au plan humain. » confie Maryse Charles laissant à Jean-François préciser leur choix sur le plan graphique : « nous travaillons vraiment en osmose. Nos styles sont assez semblables, avec une même sensibilité, notamment notre univers de couleurs.» En s’étant beaucoup documenté et étant bouleversé par cette histoire, Frédéric Bihel a en effet trouvé un ton et un style en harmonie avec Jean-François Charles. Pourquoi ne pas le faire soi-même alors ? « parce que j’ai commencé un nouveau cycle d’India Dreams et à vrai dire aussi parce qu’il n’y a pas beaucoup d’occasions de dessiner des personnages féminins dans Africa Dreams ! »

Le Musée abrite des collections uniques au monde de spécimens animaux empaillés à l’image de l’éléphant tué au Congo et empaillé à Londres pour le musée, d’échantillons minéraux et de bois, d’objets ethnographiques et instruments de musique, des cartes et des archives dont celles de Henry Morton Stanley. Il constitue une destination particulièrement intéressante pour comprendre et visualiser l’histoire de l’Afrique Centrale et les méfaits de la colonisation.
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Photos au MRAC © Manuel F. Picaud / Auracan.com
Musée royal de l'Afrique centrale (MRAC) - Leuvensesteenweg 13 - 3080 Tervuren - Belgique - ouvert du mardi au vendredi de 10h00 à 17h00 et les week-ends de 10h00 à 18h00 - entrée 4,00 € - www.africamuseum.be
Africa Dreams - T.1 : l'Ombre du Roi - de Frédéric Bihel, Jean-François et Maryse Charles - Casterman, collection Univers d'auteurs - 3 mars 2010 - 12,50 €
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