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mercredi 26 janvier 2011

Scénariste BD : interview de Luc Brunschwig

Né en 1967 à Belfort et habitant à la campagne entre Tours et Blois, Luc Brunschwig vient de fêter ses 20 ans comme scénariste de bande dessinée. Pour l’occasion, il s’offre un nouvel éditeur - Bamboo - pour relancer dans la collection Grand Angle une série grand public au héros atypique mais attachant. La série Makabi publiée initialement chez Dupuis retrouve en effet une nouvelle jeunesse sous le nouveau titre Lloyd Singer. Le premier cycle de trois albums vient d’être réédité. Toujours très souriant, Luc Brunschwig explique pourquoi ce changement et ce qui attend les lecteurs. Pour Auracan.com, l’auteur présente également ses nouveaux projets chez Futuropolis. Assurément 2011 sera une année très riche en événements pour un scénariste qui apprécie l’approfondissement psychologique de ses personnages ! Voici un extrait sur la série Lloyd Singer, l'un des événements de la rentrée de Bamboo, avec des visuels exclusifs pour ce blog.

Comment s’est construite cette série ?
Le personnage décalé qui est Lloyd Singer est à l’image de mon frère Yves qui est expert-comptable, ressemble à Woody Allen et a une relation très facile avec les femmes, parce qu’il est avec elles en dehors de tout rapport de séduction. Il s’est considéré très longtemps comme asexué et du coup ne mettait aucune pression de séduction dans sa relation avec les femmes. Elles le ressentaient de façon très positive et devenaient amis avec lui au bout de cinq minutes, sans qu’il cherche jamais à en profiter. Il gérait dans un cabinet d’expertise comptable une équipe essentiellement féminine et il y avait une excellente ambiance. Quand Dupuis m’a demandé de créer un personnage récurrent pour la collection Repérages, j’ai eu l’idée de raconter des histoires à la manière de Largo Winch mais vécues par mon frère avec sa psychologie et sa manière de faire. Contrairement aux héros habituels, qui tombent les femmes au premier regard, lui est en retrait et met en avant les victimes auxquelles il porte secours. Le personnage de Lloyd Singer s’est construit autour de cette idée d’empathie, de compréhension, de rapports simples et fluides avec les femmes.

Visuels de couverture de la série Lloyd Singer T.1 à T.5
© Luc Brunschwig et Olivier Neuray / Bamboo, collection Grand Angle

D’où vous vient cette approche très psychologique de vos histoires ?
Chaque auteur écrit pour des raisons différentes. Ma passion était d’écouter ma mère – juive – et ses amies – qui autour d’un thé discutaient de leur couple, des relations à l’intérieur du couple, de ceux qui ont l’air d’aller bien mais qui battent de l’aile etc. Ma passion est de parler de ce qui se passe derrière les façades, les masques, les miroirs… De creuser la surface. D’où l’idée de toucher à des personnages dont l’humanité s’affirme au fur et à mesure des histoires parce qu’on se rend compte de leurs blessures. Ce sont la plupart du temps des gens cassés, ni blancs ni noirs, mais plutôt dans des teintes de gris.

Pourquoi est-ce que Dupuis a lâché cette série ?
C’est à la fois simple et compliqué. Depuis le rachat de Dupuis par Média Participations, je perçois une volonté plus ou moins avouée de synergie entre les différentes maisons d’éditions du groupe (ndlr : Le Lombard, Dargaud, Dupuis, Kana…). Ces dernières années, Dargaud s’est plutôt taillé la part Ados Adultes. De son côté, Dupuis est aujourd’hui appelé à viser des projets plus populaires et jeunesse. Makabi, arrivé chez Dupuis au moment du développement de la maison vers l’Ados Adultes n’était plus prioritaire, d’autant que les ventes n’atteignaient pas ce qu’ils en attendaient. Ils avaient un retour sur investissement qui n’était pas vraiment là. Le premier tome a été vendu à 20.000 exemplaires et le 4e était tombé à 6.000 exemplaires. Il faut dire que le deuxième cycle avait été lancé avec une maquette différente du premier cycle où Lloyd Singer n’apparaissait même plus en couverture. Ça n’a pas aidé à faire entendre aux lecteurs : « hé, le nouveau tome de votre série préférée est dans les bacs !!! ».

Croquis préparatoires de Lloyd Singer
© Luc Brunschwig et Olivier Martin / Bamboo, collection Grand Angle

Pourtant ils ont essayé de la relancer sous forme d’intégrale, non ?
Oui ! A la fin du tome 5, José-Louis Bocquet qui est un vrai fan de Makabi a réfléchi à la façon de relancer la série. Pour lui, l’une des forces de Makabi c’était l’histoire une fois complète. Il souhaitait donc proposer le second cycle sous la forme d’un gros roman graphique de 160 pages. Il voulait le présenter aux lecteurs comme l’équivalent d’un polar de l’été qu’on emporte pour le déguster à la plage avec la promo idoine ! Sauf que le commercial n’a pas suivi son idée puisque rien n’était prévu en terme promotionnel. Et puis, ce qui devait sortir comme roman graphique a été présenté aux libraires comme une intégrale (non comme une nouveauté) . Les libraires croyant à un livre en fin de vie ne l’ont pas mis en avant et peu commandé. La mise en place a été de seulement 3.000 exemplaires ! Du coup, on nous a dit qu’il n’y aurait pas de suite, que les ventes étaient vraiment tombées trop bas… Or j’avais encore des choses à dire sur ce personnage de Llloyd Singer ! Comme l’erreur venait de Dupuis, je leur ai demandé de m’autoriser à rechercher un éventuel repreneur. Je voulais trouver un éditeur qui ait envie de relancer les deux cycles et d’accompagner vraiment cette série. J’ai eu très rapidement réponse de Bamboo dont Olivier Sulpice (ndlr. : président fondateur des éditions Bamboo), Hervé Richez (ndlr. : directeur éditorial de la collection Grand Angle) et Greg Neyret (ndlr. : directeur commercial des éditions Bamboo) sont des lecteurs et des fans de Makabi. Ils ont voulu non seulement sauver la série mais aussi lui donner un avenir. Et depuis, ils font un travail autour de Llloyd qui me comble. Ils prouvent qu’il y avait encore beaucoup de choses à faire autour de ce personnage qu’on prétendait fini !

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Propos recueillis par Manuel F. Picaud en janvier 2011
Tous droits réservés. Reproduction interdite sans autorisation préalable
© Manuel F. Picaud / Auracan.com
Luc Brunschwig chez Bamboo à Montreuil en janvier 2011 © Manuel F. Picaud / Auracan.com
Merci à Anne Caisson
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