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dimanche 17 avril 2011

Exposition BD : Hugo Pratt à la Pinacothèque de Paris

L’exposition rétrospective Hugo Pratt était prévue en août après une exposition en l’honneur du Mexique. La brouille franco-mexicaine aura accéléré sa présentation à la Pinacothèque, un vaste lieu d’exposition située place de la Madeleine au cœur de Paris. Cette exposition exceptionnelle et tellement rare à Paris est fabuleuse. Mais est-ce à cause de sa précipitation qu'elle ne convainc pas totalement ? Explications et visite des lieux.


L'exposition consacrée à Hugo Pratt est intitulée « Le Voyage imaginaire d’Hugo Pratt ». Elle modifie le titre Périples imaginaires d’un ouvrage paru sur l’un des auteurs les plus marquants du neuvième art après la précédente exposition à Sienne en 2005. Elle présente pour la première fois les 163 planches originales de La Ballade de la mer salée ainsi que 150 aquarelles de l’artiste. Elle se tient jusqu’au 21 août 2011 à la Pinacothèque de Paris, un musée consacrée à l’art sous toutes ses formes créé en 2007 et qui a inauguré le 26 janvier dernier un nouvel espace de 3000 m2 dans le 8e arrondissement de Paris.

Corto Maltese - La Jeunesse © Hugo Pratt / 1985 Cong SA

Hugo Pratt est le créateur bien connu de
Corto Maltese. Pourtant l’auteur complet est loin de s’être contenté de ce héros que le magazine Pif a contribué à largement promouvoir à partir d’avril 1970. Grand voyageur, cet italien né à Rimini en 1927 a longtemps vécu à Venise. Véritable globe-trotter, il a parcouru les quatre coins de la surface de la Terre qui ont inspiré ses voyages. Ce conteur très inspiré disparaît en 1995 à Lugano. Le dessinateur passionné a su marquer son empreinte par un style en noir et blanc très harmonieux, centré sur l’essentiel et réalisé principalement à l’encre de Chine. Côté technique, on admirera aussi les innombrables originaux avec ses aquarelles très lumineuses, souvent très déliées, parfois rehaussées à l’encre de Chine ou au fusain et même une très rare gouache.

Saint-Exupéry - Le Dernier Vol © Hugo Pratt / 1984 Cong SA

Pour ce Vénitien, l’eau est évidemment essentielle et se retrouve non seulement dans sa manière de peindre à l’aquarelle, mais aussi dans son inspiration. Les îles et les Océans constituent d’ailleurs le thème de la première salle de l’exposition. Le parcours proposé par Patrizia Zanotti et Patrick Ansellem, les commissaires de l’exposition poursuit le voyage de Pratt pour découvrira sa passion pour les Indiens, sa fascination pour les militaires, son attirance pour les femmes, son amour du désert puis l’influence des nombreuses villes qu’il a traversées. L’artiste puisait son inspiration « de n’importe quoi, un livre, un film, un tableau, une conversation, une phrase entendue ». Il expliquait ensuite : « après je prends des livres, je les regarde, je trouve des choses, je fais une synthèse et je construis une histoire. L’idée de base est souvent un éclair, un flash ! » L’auteur parfois modeste conclura que la prospérité ne le préoccupe pas, rajoutant qu’il aimerait « juste avoir fait une œuvre utile » !

Corto Maltese - Les Ethiopique © Hugo Pratt / 1978 Cong SA

Les exposition d’Hugo Pratt sont rares à Paris
, la dernière remonte à 1986 au Grand Palais, même si la Biennale du Havre avait accueilli la belle exposition Périples secrets en 2009. Du coup, les espérances étaient grandes. Certes, le volume d’originaux est faramineux et ne manquera pas de toucher intimement les visiteurs. Mais, les fans inconditionnels risquent d’être déçus. D’abord, parce que cette rétrospective n’est pas originale puisqu’elle a déjà en grande partie été montrée en 2005 à Sienne en Italie à l’exception de l’intégralité de La Ballade de la mer salée. En six ans, les organisateurs n’ont pas réussi à mieux valoriser les œuvres exposées et surtout à dévoiler davantage d’informations sur un auteur pourtant inénarrable. La vidéo en plusieurs langues semble vraiment trop courte pour approcher cette personnalité.

Corto Maltese - Fable de Venise © Hugo Pratt / 1979 Cong SA

La raison proviendrait de l’urgence de la mise en place après la défection de l’exposition de masques mayas en mosaïque de jade. Du coup, l’exposition a envahi l’espace aménagé spécialement pour un autre but. Et de fait la scénographie est des plus limitées, le summum étant l’accrochage sur trois lignes des 163 planches - d’une force évocatrice remarquable - de La Ballade de la mer salée, avec une luminosité cadavérique. Par ailleurs, sur le thème du voyage, il est tout de même curieux que ne soient pas évoqués les voyages initiatiques, symboliques et spirituels d’un auteur initié à la franc-maçonnerie. De fait, les néophytes risquent aussi de ne pas comprendre suffisamment une œuvre dont la sophistication mériterait davantage d’explications. Enfin, que dire de l’introduction relative aux arts majeurs et mineurs de Marc Restellini, directeur de la Pinacothèque de Paris ? En effet, il semble vouloir rassurer son public que son lieu d’exposition n’accueillera pas d’autres auteurs de bande dessinée… Curieux et décevant ostracisme.

La prochaine exposition est organisée en Suisse à Lugano
. Le Monde d’Hugo Pratt et le voyage de Corto Maltese est programmé du 9 juillet au 2 octobre 2011 au Musée d'art de Lugano. Le mot de la fin sera donné par Hugo Pratt lui-même : « quand un livre est lu. Son auteur revit dans le lecteur. C’est une sorte de réincarnation ». Casterman et Cong SA, ainsi que quelques autres éditeurs, font vivre l’ensemble de son œuvre. N’hésitez pas à redécouvrir cette œuvre majeure, intemporelle et pleine d’enseignements.

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Exposition « Le Voyage imaginaire d’Hugo Pratt » jusqu’au 21 août 2011 à la Pinacothèque de Paris - www.pinacotheque.com - 28 place de la Madeleine - 75008 Paris - Ouvert tous les jours (sauf jours fériés) de 10h30 à 18h30 – tarifs : de 8,00 à 10,00 € (visite guidée le samedi : supplément de 6,00 €).

Le Voyage imaginaire d’Hugo Pratt - Catalogue de l'exposition - dessins de Pratt - Casterman - 20,00 € (version luxe 60,00 €)

Images © Cong SA, Lausanne.


Photos © Manuel F. Picaud / Auracan.com
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