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jeudi 28 avril 2011

Rencontres du 9e Art d’Aix-en-Provence (épisode 5) : L'exposition le Curé du Diable d'Hugo Bogo

L’une des découvertes les plus marquantes des Rencontres du 9e Art 2011 d’Aix-en-Provence est à mettre au crédit d’un jeune auteur dont on va entendre parler, à savoir Le Curé du Diable d’Hugo Bogo (photo ci-contre), lauréat du concours BD Affaires criminelles en Provence. Il a réalisé une exposition au Centre aixois des Archives départementales ouverte jusqu’au 11 juin et franchement percutante sur le fond, la forme et l’ambiance.

Le Département des Bouches-du-Rhône s’intéresse à la bande dessinée et le prouve.
Il est vrai que Michel Pezet (en photo ci-dessous), conseiller général des Bouches-du-Rhône et candidat malheureux à la Mairie d’Aix-en-Provence y a la responsabilité de la Culture. Or il ne cache pas qu’il est un grand amateur de bandes dessinées classiques, notamment de Jacques Martin, Derib, Hergé, Peyo… Pour sa campagne électorale, il avait d’ailleurs utilisé ce medium pour communiquer avec ses électeurs et l’emploie parfois pour la communication institutionnelle. Un concours a donc été organisé par le Centre aixois des Archives départementales, la Bibliothèque départementale et les Rencontres du 9e Art sur Affaires criminelles en Provence avec un prix de 6.000 € pour l’auteur et une exposition à la clé (d’un coût de 50.000 €).

Le concours consistait « à mettre en scène, et en images, une grande affaire judiciaire qui s’est déroulée en Provence entre 1611 et 1785, parmi quatre propositions, en se basant sur les archives de l’époque », à savoir le curé Louis Gaufridy, le père Girard et Catherine La Cadière, le Brigand Gaspard de Besse et le marquis d'Entrecasteaux. C’est donc le premier, surnommé Le Curé du Diable qui l’a emporté. Le lauréat Hugo Bogo l’a emporté haut la main.


Âgé de 21 ans, l’élève en dernière année l’Ecole européenne supérieure de l’image d’Angoulême est le neveu de Jacques Ferrandez qui lui a d'ailleurs signalé le concours. Le dessin est une passion depuis sa tendre enfance. Originaire de Nice, il a eu souvent l’occasion de dessiner avec Pierre, son cousin. Son goût se porte pour le dessin classique tout en utilisant toutes sortes de techniques des plus traditionnelles aux plus modernes, et notamment - génération oblige - l’outil informatique. Il empreinte beaucoup à la peinture, art qu’il affectionne plus que tout et où il admire les plus grands de Velasquez à David. C’est le métier qu’il aimerait exercer. Mais la bande dessinée lui paraît une voie pour y arriver. Déjà expérimenté, il a travaillé quelques mois déjà - de juin 2008 à mars 2009 - dans un studio de dessin animé pour participer au film d’animation tiré du Chat du Rabbin de Joann Sfar et interrompu pour ce faire ses études à l’Ecole européenne supérieure de l’image d’Angoulême. Ses réalisations avec un geste ample et précis témoignent une exceptionnelle maturité. Sa vivacité et son ouverture d’esprit en font d’ailleurs un garçon qui n’hésite pas à se poser des questions et à les approfondir avec intelligence. Avec son petit sourire malicieux, Hugo Bogo dit lui-même ne pas avoir ce côté décalé qu’ont parfois ses pairs à l’Ecole des Beaux-arts d’Angoulême où il regrette que le classicisme ne soit pas prisé. En tout cas, son exposition scotche les visiteurs et confirme la pertinence de son orientation de carrière.


Le jeune homme qui n’est baptisé s’est pour cette aventure plongé consciencieusement dans une période mouvementée et une histoire étonnante au cœur de l’Eglise catholique. Pendant le festival BD il servira à plusieurs reprises de guide de son exposition et expliquera avec moult détails l’affaire Gaufridy. Cette histoire originale du début du XIIIe siècle s’intéresse à un curé de la paroisse marseillaise des Accoules. Louis Gaufridy est accusé de sorcellerie pour avoir séduit une Ursuline, Madeleine Demandoix de la Palud. Appartenant à un ordre semi séculier, elle rentrait souvent chez elle. C’est à cette occasion que le prêtre « le plus beau de Marseille » comme le qualifie la rumeur l’aurait séduite et la relation semble-t-il consommée. Il sera l’un des derniers à être brûlé en place publique à Aix-en-Provence vers 1611 après une enquête incluant la torture confiée à Sébastien Michaelis, spécialiste des rites démoniaques qui l’accabla. Malgré cela, l’ecclésiastique déclenchera une véritable hystérie auprès de la gente féminine. Et même sa « victime » sera elle-même poursuivie et condamnée en 1653 pour sorcellerie. Elle finira ses jours avec le sobriquet : Mme Belzebuth…


L’exposition présente les faits historiques avec de nombreux documents, des objets de cultes et diverses pièces tirées des archives départementales, des esquisses préparatoires du jeune dessinateur ainsi que des petits tableaux, des agrandissements en poster et même une immense peinture à l’entrée. La dernière pièce de l’exposition explique la technique graphique d’Hugo Bogo où il dévoile comment l’outil informatique lui permet de reproduire l’impression de la peinture de l’époque avec ses jeux délicats de lumière. Ses dessins sont réalisés au crayon, renforcés ensuite de lavis à l’encre, numérises puis mis en couleurs avec Photoshop. Mais parfois ils sont réalisés sur palette graphique ou encore mis en couleurs à l’aquarelle à partir de gouache. L’absence de représentations d’époque l’a obligé à imaginer, tel portrait, tel costume, telle architecture. Ce travail de reconstitution l’a amusé, mais en partenariat avec les spécialistes des archives, il est resté dans des options absolument crédibles. La mise en scène particulièrement bien agencée est réalisée par Jérôme Blachon qui a demandé quelques dessins supplémentaires au jeune prodige pour réaliser les portes entre chaque pièce de l’exposition.

Exposition
Le Curé du Diable d’Hugo Bogo en images :



Si l’exposition est déjà une belle récompense pour le jeune artiste, elle n’est que la première étape d’une carrière prometteuse. Pour preuve, une éditrice de la maison Casterman l’a rencontré à Aix-en-Provence et lui propose de publier l’album de cette histoire auquel il doit désormais se consacrer. Son objectif est de l’achever pour la fin de l’année 2011 pour une sortie au printemps 2012. La troisième récompense (après le contrat d’édition) serait alors une nouvelle exposition aux 9e Rencontres du 9e Art d’Aix-en-Provence en avril 2012 … Retenez le nom de cet artiste sympathique, il fera son chemin. Et un beau chemin !
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Exposition Le Curé du Diable, l’affaire Gaufridy en BD, par Hugo Bogo jusqu’au 25 juin 2011 – Archives départementales d’Aix – www.archives13.fr - 25 allée de Philadelphie – 13100 Aix-en-Provence – ouvert du lundi au samedi de 10h00 à 18h00 (mardi à partir de 14h00 seulement) - entrée libre.

Pour plus d'informations, rendez-vous sur le site bd-aix.com et le blog bdaix.blogspot.com de la manifestation.

Photos Rencontres du 9e Art © Manuel F. Picaud / auracan.com

Dessins
© Hugo Bogo

A suivre :
Vendredi : les trouvailles du festival
Samedi : le reste du programme et conclusion

Déjà parus :

Dimanche : introduction et découverte de la ville

Lundi : les auteurs invités

Mardi : les anniversaires de l’Association et Zarmatelier

Mercredi : quelques expositions
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