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mercredi 26 octobre 2011

Tintin vu par Spielberg : de la ligne claire à la 3D

Ce lundi soir, 24 octobre 2011, à Bercy, était projeté en avant-première le film sur Tintin et le secret de la Licorne réalisé par Steven Spielberg. Deux jours avant la sortie mondiale du film en Europe, quelques centaines d'invités ont pu goûter au plaisir de cette découverte. Outre Casterman, plusieurs partenaires du film ont organisé dans les plus grandes salles parisiennes de telles avant-premières comme Peugeot sur les Champs-Élysées. Les heureux invités succédaient à quelques privilégiés triés sur le volet qui eurent la chance de visionner le film deux semaines avant. Voici mes premières impressions.

"Un vrai gamin", me suis-je dit de moi-même en sortant de la salle. Comme de nombreux spectateurs, mes yeux scintillaient de ce déferlement d'images de synthèse. Enki Bilal me confiait combien il trouvait le "projet excitant et réussi". Il est vrai que l'auteur qui prépare une adaptation d'Animal'z au cinéma avait envisagé cette technique de "motion capture" en connaît les contraintes et salue la prouesse technique. Je croisais aussi Craig Thompson de passage à Paris pour la promotion de son impressionnant roman graphique Habibi, Nicolas de Crécy, Laurent-Frédéric Bollée, Benoît Sokal et bien d'autres auteurs, tous ravis. Je m'attardais auprès des équipes Casterman totalement conquises quelle que soient les générations. Je discutais avec mes confrères qui ne pouvaient décemment pas surenchérir sur Libération qui n'a pas aimé. Non l'unanimité était de rigueur. Et n'en déplaise à certains, je ne me désolidariserai nullement du mouvement général.


Pourquoi ? Les premières images du film donnent le ton plein de respect pour l’œuvre originale. On y voit un jeune homme de dos, en train de se faire tirer le portrait sur une grande place de Bruxelles. C'est jour de marché aux puces. Le dessinateur n'est autre que Hergé. Le tableau qu'il montre à son modèle n'est autre qu'un dessin de Tintin qu'on connaît tous. Le jeune homme se retourne et apparaît le Tintin en 3D face à face avec son portrait en 2D. La transmission est faite avec quelle adresse ! Le cinéaste a perçu le besoin de rendre hommage à l'auteur et à son dessin pour lui donner une nouvelle vie. C'est bien une adaptation d'une bande dessinée européenne. Et pas n'importe laquelle. Celle du maître incontesté du neuvième art dans la vieille Europe. Le cinéma américain qui a presque épuisé son catalogue de comics à adapter au grand écran s'empare d'un classique.


Avant même cette scène, le générique superbement construit amène progressivement le spectateur de l'image sans relief, à l'image en 3D juste réalisée avec de images superposées avec des profondeurs différentes avant d'arriver à la véritable 3D qui envahit l'écran et le public. Là encore, le message voulu est le passage de la 2D à la 3D, avec toujours d'innombrables références à la bande dessinée et ses couvertures d'album, ses personnages, mais aussi au cinéma. Et ces allers-retours entre l'oeuvre originale et le cinéma seront légion pendant les deux heures du film.


Le film s'inspire officiellement des deux albums de Tintin, Le Secret de la Licorne et le Trésor de Rackham le Rouge, que ressort en diptyque l'éditeur Casterman pour l'occasion, mais s'appuie aussi sur d'autres comme le Crabe aux pinces d'or et des personnages plus récents comme Bianca Castafiore. Les Tintinophiles s'amuseront à retrouver les indices et verront combien le scénario est astucieux. Par exemple, il réécrit l'histoire de la malédiction d'Haddock pour l'alcool, une manière d'excuser son alcoolisme totalement assumé qui ne doit pas servir de modèle aux plus jeunes. Son langage fleuri a peut-être perdu certains de ses accents, mais le Capitaine est immédiatement attachant avec ses yeux malicieux. Les yeux de Tintin m'ont fait le plus craquer. Tintin en 3D est le personnage le moins expressif physiquement. Il est le plus jeune, non ridé, marquant peu de mouvement en parlant. Finalement il est bien ce personnage lisse, que reproche ses détracteurs, mais surtout cette incarnation de la ligne claire où ne subsistent que l'essentiel. Et là les deux points des yeux du dessin deviennent des yeux bleus scintillant d'intelligence. Dès les premières images la magie opère et chaque spectateur devient ce jeune journaliste intrépide en chasse d'un scoop spectaculaire. Et quoi de mieux qu'une chasse au trésor ?

Sans dévoiler le synopsis, en voici quelques pistes de début. Déjà un journaliste célèbre, Tintin va découvrir sur le fameux marché aux puces, une magnifique maquette du vaisseau du 17e siècle, la Licorne. A peine acquise pour 10£, elle est la proie de nombreux prédateurs. Très vite, Tintin va en découvrir la raison, il s'y cache une carte d'un trésor, peut-être bien celui de Rackham Le Rouge ... D'indice en indice, d'enlèvement à l'évasion, Tintin va se lancer tête baissée avec son fidèle Milou dans cette fabuleuse aventure où il rencontre le Capitaine Haddock, retrouve les détectives Dupont et Dupond, et bien d'autres personnages que l'on connaît par coeur. A ce propos, coup de chapeau pour Milou. Donner vie au Fox qui s'exprime par bulles n'était pas simple. Le résultat dépasse toutes les attentes avec un chien coquin, vif et expressif au possible. Il réussit un tandem sans faute avec son maître.


Côté cinéma, on retrouve de nombreuses références comme Hitchcock qui apparaît en ombre, évidemment Indiana Jones en particulier dans les scènes de poursuite dans une ville côtière arabe ou encore Pirates des Caraïbes avec la reconstitution de l'abordage de la Licorne. Et si on part de la BD, on finit bien par le cinéma à très grand spectacle qui en jette bien les yeux.

Cette richesse de contenu rendra peut-être difficile de tout percevoir la première fois et cela donnera l'occasion de revenir, par exemple dans une version différente non sous-titrée. Une chose est certaine. Le pari est déjà à moitié réussi : les Européens vont adorer ce film, véritable hommage à Hergé et à Tintin, véritable passerelle de la Ligne claire à la 3D. Reste à savoir quel sera l'accueil en Amérique. Réponse en décembre ! Et si le public américain répond positivement, le pari sera totalement gagné et ouvrira sans doute d'autres horizons...
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Illustrations Les aventures de Tintin : Le Secret de la Licorne © Sony Pictures Releasing France

Deux livres à lire avant et après le film :
  • Tintin - Le secret de La Licorne & Le trésor de Rackham le Rouge - d'Hergé - Casterman - 26 octobre 2011 - 15,00 €
  • Tintin - L'album du film - Le secret de la Licorne - d'après Hergé - Casterman - 26 octobre 2011 - 9,95 €
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