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vendredi 18 novembre 2011

Delitoon : Entretien avec Didier Borg (épisode 1)

« L’économie globale de Delitoon repose à la fois sur le digital, le papier et ses déclinaisons ».

Après la musique et le cinéma, le livre et la bande dessinée se préparent à passer au défi du numérique. Depuis quelques années, des projets éclosent, sous forme d’applications de lecture sur les supports mobiles ou sous forme d’éditions participatives ou en ligne. Aucun modèle ne s’est encore imposé. Un pionnier s’est installé discrètement dans le paysage depuis un semestre avec 2000 comptes d’utilisateurs ouverts et 150 auteurs inscrits. Delitoon (www.delitoon.com) propose en effet une nouvelle façon de lire, mais aussi de créer de la bande dessinée pour les écrans. A l’initiative du projet, Didier Borg, éditeur du label KSTR (Casterman) depuis 2006, présente son modèle qu’il pense simple, universel et accessible à tous. Le modèle est connu : il s’agit du webtoon coréen. Didier Borg veut faire de Delitoon le premier portail européen entièrement dédié à la bande dessinée digitale. Début d’un riche entretien.


Depuis quand avez-vous démarré votre réflexion sur le numérique ?
Je me suis immédiatement posé la question du numérique à mon démarrage chez Casterman, avant même de créer le label KSTR. Venant des univers culturels de la musique, de la télévision et du cinéma, j’étais un peu sidéré par l’absence de réflexion sur ce que pouvait être la bande dessinée dans un monde numérique. La réponse ne pouvait pas être qu’un catalogue numérique disponible sur le Web. J’ai donc entamé une réflexion ouverte à la fois pour moi et pour Casterman.

copie d'écran du portail coréen Naver

Comment avez-vous procédé ?
J’ai fouillé le web et découvert de nombreuses initiatives. J’ai pu voir un certain parallèle entre ce qui se faisait en Corée avec le Webtoon ou aux États-Unis avec les Webcomics d’une part et les blogs d’auteurs français d’autre part.


En parlant BD numérique, on est plutôt dans le domaine de la technologie, non ?

En effet,
sont arrivées parallèlement les technologies d’Apple avec l’Iphone, puis l’Ipad et les premières start-ups qui voulaient faire de la bande dessinée numérique. Toute l’attention, souvent négative, a été alors portée à cette technologie. Or, la réflexion à avoir était celle d’éditeur, c'est-à-dire savoir comment accompagner les auteurs qui aimeraient utiliser les nouvelles technologies et diffuser sur Internet.

copie d'écran du portail coréen Daum

Comment avez-vous élaboré votre propre modèle ?

Pour poursuivre mon analyse, j’ai fait deux voyages essentiels. D’abord à Tokyo en 2008 où j’ai approché les éditeurs de manga sur téléphone. Ensuite en Corée où j’ai découvert l’univers du Webtoon. Ce fut une vraie claque émotionnelle, culturelle et éditoriale.


Comment fonctionne le Webtoon ?

En Corée ce sont des centaines d’auteurs qui travaillent en parallèle dans les formats numériques et papier. Ils n’opposent pas les modèles mais composent deux œuvres qui n’en font qu’une. On combine plusieurs avantages. Le défilement et le déroulement se rapprochent à la fois des blogs technologiquement et de la bande dessinée construite, non à l’horizontale, mais à la verticale. On conserve la narration habituelle avec des cases et des bulles qui peuvent être recomposées pour donner des planches et réaliser un album.


Mais comment fonctionne le modèle économique ?

Faute d’éditeurs classiques qui n’avaient plus les moyens de publier en papier tous les albums qu’on leur proposait, certains auteurs s’étaient naturellement tournés vers le web comme certains auteurs en France. Mais ici, aucun grand site Internet ne s’est emparé de ce phénomène. En Corée, les grands portails, Naver (www.naver.com) et Daum (www.daum.net), les sites équivalents de Orange, MSN, Yahoo ! pour la France, ont réservé au sein de leur activité généraliste un espace dédié à la bande dessinée. Cet espace est devenu celui qui génère le plus de trafic et une économie réelle qui repose dans un premier temps sur la publicité et dans un deuxième temps sur l’édition papier. En effet quand l’album marche sur le net, il est publié soit en co-édition avec un éditeur papier, soit directement par le portail. Et comme partout, les bonnes histoires font d’énormes ventes. En clair, l’économie globale repose à la fois sur le digital, le papier et ses déclinaisons. Le digital sert à faire émerger du papier « efficace ».

copie d'écran du portail européen Delitoon

L’édition européenne actuelle publie-t-elle trop d’albums « inefficaces » ?
Je n’irais pas jusque là. Nous devons nous poser des questions, non pas sur le trop grand nombre de livres, mais sur l’existence même de toutes ces œuvres en un même espace et dans le même instant.


La solution à la surproduction serait digitale ?
...
Il est temps d’inverser le système et plutôt que d’alimenter sans fin le libraire, il vaudrait mieux alimenter ce puits sans fond qu’est Internet et d’organiser l’émergence intelligente d’œuvres pour ensuite les voir aboutir, pour certaines, en librairie.

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Propos recueillis par Manuel F. Picaud en octobre et novembre 2011

Tous droits réservés. Reproduction interdite sans autorisation préalable

© Manuel F. Picaud / Auracan.com - bd75011.blogspot.com
Photo Didier Borg 2011
© Manuel F. Picaud / Auracan.com - bd75011.blogspot.com
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