lundi 31 octobre 2011

Les expositions BD de la semaine du 31 octobre au 6 novembre 2011

Le onzième épisode de cette rubrique hebdomadaire cherche toujours à donner le panorama des expositions-ventes de bande dessinée de la semaine, principalement les expositions-ventes. Et cette semaine quel programme ! Cette semaine, deux nouvelles expositions sont consacrées à Cosey à Bruxelles chez Champaka et à Paris chez Daniel Maghen et quatre autres expositions démarrent avec un vernissage le 3 novembre chez Arludik avec Dominique Bertail (Ghost money) et chez BDartist(e) avec Alexis Dormal (Pico Bogue), et enfin Robert Crumb à la Galerie Martel et Christian Rossi à la Galerie 9e Art. Je serai personnellement retenu à Lyon à l'assemblée annuelle de la Société de Lutte contre le Sida toute cette semaine. Désormais chaque semaine sont mises en avant les nouveautés et rappelées les expositions en cours. Bien sûr les vernissages sont signalés pour que les lecteurs n'oublient pas ces rencontres conviviales. Vous retrouvez le détail des événements à venir sur la colonne de gauche et les événements passés de plus de deux mois dans l'onglet spécifique.

Nouveauté de la semaine !
  • à partir du 2 novembre et jusqu'au 12 novembre 2011 : Exposition-vente Cosey pour le T.15 de Jonathan (Le Lombard) à la Galerie Daniel Maghen - www.danielmaghen.com - 47 quai Grands Augustins - 75006 Paris - ouverture du mardi au samedi de 10h30 à 19h00 - Daniel Maghen avait édité un très beau livre - une monographie de Cosey. Il était donc normal que l'auteur suisse choisisse ce lieu pour fêter la sortie de son nouvel album de sa série emblématique créée en 1975. A l’occasion de la sortie du T.15 de la série Jonathan par Cosey, et de son autobiographie imaginaire en BD, la galerie Daniel Maghen présentera une cinquantaine de planches encrées de Jonathan, dont vingt-cinq du dernier album Atsuko, une dizaine de planches de Peter Pan, Voyage en Italie, ainsi que quelques illustrations en couleur... L'amoureux des grands espaces alpins et de l'Asie, Cosey entraîne ses lecteurs en voyage grâce à son héros et ne manque pas d'interroger son époque. Une nouvelle fois, le lecteur sera plongé dans une histoire dépaysante dont l'auteur a le secret. Ses aquarelles sont parmi les plus réussies et les plus fines de sa génération. Son trait des plus fins et des plus maîtrisés. Nul doute que le vernissage prévu le 4 novembre 2011 à partir de 19h00 accueillera de nombreux visiteurs, fans et invités !

  • à partir du 3 novembre et jusqu'au 27 novembre 2011 : Exposition-vente Jonathan (T.15 : Atsuko) de Cosey à la Galerie Champaka - www.galeriechampaka.com - 27 rue Ernest Allard - au Sablon - 1000 Bruxelles - Le vernissage est prévu le 3 novembre 2011.
  • à partir du 2 novembre et jusqu'au 26 novembre 2011 : Exposition-vente Ghost Money de Dominique Bertail à la Galerie Arludik - arludik.com - 12-14 rue Saint-Louis en l'île - 75004 Paris - ouvert du mardi au samedi de 14h00 à 19h00 - Le vernissage de cette exposition est prévue le jeudi 3 novembre de 18h30 à 21h30 en présence de l'artiste. Après la série historique à l'époque napoléonienne, Shandy, arrêtée trop prématurément, Dominique Bertail s'est taillé une solide réputation en quelques albums de BD. Sa série actuelle Ghost Money tourne autour du terrorisme du 11 septembre 2001. Cette histoire glaçante est servie par un graphisme moderne, soigné dans les moindres détails, avec une mise en scène très étudiée et particulièrement percutante. Les couleurs réalisées par l'auteur ont une dimension que peu de coloristes égalent. L'exposition mettra en avant des planches originales et des aquarelles de cette série qui méritent d'être vus de très près. On pourra tenter de comprendre comment l'auteur parvient à ce résultat surprenant de réalisme.
  • à partir du 3 novembre et jusqu'au 15 novembre 2011 : Exposition-vente Christian Rossi à la Galerie 9e art - www.galerie9art.com - 4 rue Cretet - 75009 Paris. Quelques mois après la sortie du T.6 de la série W.E.S.T. chez Dargaud, la Galerie 9e Art propose de découvrir les originaux, planches et peintures des deux derniers albums de cette série terminée réalisée de main de maître par Christian Rossi. Après Brüno, c'est encore un dessinateur travaillant avec Fabien Nury qui expose dans cette galerie. Le vernissage débute à 18h00 le jeudi 3 novembre 2011 en présence des auteurs.
  • à partir du 4 novembre et jusqu'au 7 décembre 2011 : Exposition-vente Parle moi d'Amour de Aline et Robert Crumb à laGalerie Martel - www.galeriemartel.com - 17 rue Martel - 75010 Paris - ouverture de 14h30 à 19h00 du mardi au samedi - A l'occasion de la parution de leur ouvrage Parle-moi d'amour, la galerie Martel expose les œuvres originales du dessinateur de bande dessinée underground et de son épouse. Depuis leur rencontre en 1974, Robert Crumb et Aline Kominsky tiennent une sorte de journal à quatre mains consacré à leur vie amoureuse, conjugale, familiale, qui compte quelque 250 planches (source Télérama).
  • à partir du 4 novembre et jusqu'au 7 décembre 2011 : Exposition-vente Pico Bogue d'Alexis Dormal et de Dominique Roques à la galerie BdArtist(e) - www.bdartiste.com - 55 rue Condorcet - 75009 Paris (ouvert du du mercredi au samedi de 14h00 à 19h00). Le vernissage de l'exposition aura lieu le jeudi 3 novembre à partir de 19h00, en présence des deux auteurs. L'exposition est réalisée à l'occasion de la sortie du T.5 de Pico Bogue, intitulé Légère contrariété. Outre les planches originales de cette série adorable, elle présentera aussi des aquarelles inédites réalisées pour l'occasion. Alexis et sa mère Dominique ont trouvé une manière originale d'approcher le sujet jeunesse avec des histoires touchantes et justes autour d'une famille où Pico est un jeune garçon turbulent. Avec un dessin fin illuminé par de douces aquarelles, cette série se distingue des séries du genre. Un futur classique !
Dernière semaine !
  • jusqu'au 31 octobre 2011 : Exposition Dessin et Polar (Ferrandez, Tardi, Hyman, Loustal, ...) organisée par la Galerie Papiers Gras - www.papiers-gras.com - 1 place de l'île - CH-1204 Genève - Suisse - cette exposition se tient dans le cadre de Fureur de lire à Genève et présente de très nombreux originaux sur le thème du polar comme Étienne Robial, Jacques de Loustal, Miles Hyman, Jean-Christophe Chauzy, Tonino Benaquista, Marc Villard

  • jusqu'au 31 octobre : Exposition-vente de Mathieu Bablet pour la Belle Mort (éditions Ankama) à la Galerie Bleus et Originaux - www.bleus-et-originaux.fr - 158 rue Cuvier - 69006 Lyon
  • jusqu'au 2 novembre 2011 : Exposition-vente Dominique David (Boudoir) à la Galerie Petits Papiers - www.petitspapiers.be - 91 rue Saint-Honoré - 75001 Paris - Le vernissage aura lieu en présence de l'auteur le jeudi 20 octobre 2011 à partir de 18h30

  • jusqu'au 2 novembre 2011 : Exposition-vente Atar Gull par Brüno et Fabien Nury à la Galerie 9e art - www.galerie9art.com - 4 rue Cretet - 75009 Paris. A l'occasion de la sortie de cet album Atar Gull chez Dargaud, la galerie 9e art propose de découvrir les planches et illustrations réalisées par Brüno. Cet album est sorti en même temps que La Vénus de Dahomey par Laurent Galandon et Stefano Casini chez le même éditeur. Tous deux interpellent sur l'esclavage et le racisme, tout comme, d'ailleurs, le dernier album Les Lumières de la France de Joan Sfar. Cette adaptation du récit d'Eugène Sue sur cet esclave costaud, fils d'un roi africain, Atar Gull, est raconté avec brio par Fabien Nury sur 86 pages, mis en images de manière magistrale dans une ligne claire moderne par Brüno, et parfaitement mis en couleurs en aplats par Laurence Croix. L'action se déroule en 1830 entre l'Afrique et la Jamaïque, avant de se terminer misérablement en France.

  • jusqu'au 5 novembre 2011 : Exposition-vente Street Art Mosko et associés à la Galerie Oblique - galerieoblique.com - Village Saint-Paul - 17 rue Saint-Paul - 75004 Paris. Comme la galerie Jean-Marc Thévenet, la Galerie Oblique s'est créée autour de l'art moderne au sens large. Pas de bande dessinée en ce reste du mois d'octobre mais l'art de la rue. Le vernissage a eu lieu en présence de l'artiste le 11 octobre 2011 à partir de 18h00 et a donné lieu à la réalisation d'une fresque en direct qui restera comme une marque définitive du passage de l'artiste à l'entrée de la galerie.

  • jusqu'au 6 novembre 2011 : Exposition Vente Floc'h organisée par la Galerie Champaka - www.galeriechampaka.com - 27 rue Ernest Allard - au Sablon - 1000 Bruxelles à la Libraire Candide - 1-2 Place Georges Brugmann - 1050 Bruxelles. A l’occasion de la publication du délicieux Une vie exemplaire (éditions Hélium), la Galerie Champaka organise une exposition-vente d'un des auteurs les plus élégants à savoir Floc'h. Celle-ci prend exceptionnelement place à la Libraire Candide, un lieu de qualité dédié à la littérature et aux livres d’images.
Toujours à l'affiche !
  • jusqu'au 9 novembre 2011 : Exposition-vente Tati & Friends à la Galerie Jeanne Robillard - www.jeannerobillard.com - 26 rue de la Folie Regnault - 75011 Paris - ouvert le mercredi et le samedi de 11h00 à 19h00 ou sur rendez-vous les autres jours : 09 50 46 38 00

  • jusqu'au 12 novembre 2011 : Exposition-Vente Andréas à la Galerie Petits Papiers - www.petitspapiers.be - 91 rue Saint-Honoré - 75001 Paris - ouverture le jeudi et vendredi de 15h00 à 19h00 et le samedi de 11h00 à 19h00

  • jusqu'au 16 novembre 2011 : Exposition-vente Kas et Laurent Galandon (La Fille de Paname) à la Galerie Napoléon - galerienapoleon.com - 23 rue Charles V - 75004 Paris. Auteur lancé par la collection Grand Angle chez Bamboo, Laurent Galandon a diversifié ses collaborations et poursuit l'écriture de scénarios pleins de sens ancrés dans l'Histoire. Après Quand souffle le vent dans la collection Long Courrier chez Dargaud, il a signé un nouvel album La Fille de Paname dans une autre collection d'auteurs, Signé au Lombard. Ce diptyque s'intéresse à l'histoire de Casque d'Or, alias Amélie Elie, une jeune femme qui voulait échapper à sa classe sociale laborieuse et qui va côtoyer les Apaches à Paris en ce début de 20e siècle. Les apaches sont des proxénètes et des voyous qui sévissent dans les rues de Paris. Cet album réalisé à la manière des journaux d'antan avec des pleines pages pour introduire les chapitres est mis en images par Kas très inspiré pour mettre en valeur les personnages et la richesse de leur vie. Cette saga humaine met en avant les personnages dans des décors parfaitement reconstitués en arrière plan. L'exposition présentera ces planches joliment mises en couleurs par sa compagne Graza et Kas lui-même.
  • jusqu'au 19 novembre 2011 : Exposition-vente Marion Fayolle à la Galerie des Arts Graphiques - www.galeriedesartsgraphiques.fr - 4 rue Dante - 75005 Paris - À l'occasion de la parution du livre L'Homme en pièce aux éditions Michel Lagarde, Marion Fayolle présente ses œuvres originales chez GAG. Le vernissage est prévu le jeudi 20 octobre à partir de 19h00. Une séance de dédicace est prévue le samedi 22 octobre de 15h00 à 17h00
  • jusqu'au 26 novembre 2011 : Exposition-vente Frédéric Magazine à la Galerie Jean-Marc Thevenet - www.galeriejeanmarcthevenet.com - 32 rue de Montmorency - 75003 Paris. Le vernissage est prévu le jeudi 6 octobre à partir de 18h00. Pas de bande dessinée cet automne : Jean-Marc Thévenet propose de découvrir d'autres graphismes.
  • jusqu'au 8 janvier 2012 : Exposition Les Maîtres de la Bande dessinée franco-belge, à la Maison de la Bande dessinée - www.jije.org - Bd de l'Impératrice 1 - 1000 Bruxelles - Cette exposition exceptionnelle présente une centaine de planches originales, couvertures d'albums et illustrations diverses des grands auteurs de la bande dessinée belge : Hergé, Jijé, Franquin, Jacobs, Martin, Morris, Tillieux, Peyo, Will, Roba, Macherot, etc. et, en invité, Uderzo. Elle propose un aperçu des séries de l'âge d'or de la bande dessinée : Tintin, Spirou, Blake et Mortimer, Alix, Blondin et Cirage, Chlorophylle, Jerry Spring, Tif et Tondu, Modeste et Pompon, Gil Jourdan, Johan et Pirlouit, Gaston Lagaffe, Boule et Bill, Les Schtroumpfs, Oumpah Pah et... Astérix. Le lieu est ouvert du mardi au dimanche, de 10h00 à 18h00.

  • jusqu'au 15 janvier 2012 : Exposition Bob de Moor et la Mer au Centre Belge de la Bande Dessinée - www.cbbd.be - 20 rue des Sables, Be-1000 Bruxelles. En 1956, deux hommes remarquables embarquaient à bord du cargo Reine Astrid pour une croisière documentaire en Mer du Nord. Hergé et Bob De Moor préparaient ainsi la publication de Coke en stock. Par-delà sa très importante collaboration avec Hergé qui accompagnera sa vie à partir de 1950, Bob De Moor (1925-1992) a construit une oeuvre riche et originale qui compte parmi les plus importantes de la bande dessinée européenne… tout en restant fidèle à ses racines anversoises et maritimes. C’est sur cette attirance pour la mer et les bateaux que l’exposition produite par le Centre Belge de la BD a choisi de s’arrêter. Des premiers témoignages de cette passion dans les marges de ses cahiers d’écolier à l’éclosion progressive de son chef d’oeuvre, Cori le Moussaillon, Bob De Moor n’a jamais cessé de regarder la mer, de rêver de bateaux et d’imaginer des histoires de marins.

  • jusqu'au 29 janvier 2012 : Exposition Jean-Michel Charlier aux Beaux-arts de Chambéry - Dans le cadre du festival de Chambéry, les organisateurs rendent un hommage appuyé et mérité à Jean-Michel Charlier, l'un des scénaristes les plus doués de sa génération. Cette rétrospective propose en cinq étapes de redécouvrir son œuvre sur près de 100 m2 linéaires avec plus de 200 images malheureusement non originales. Il s'agit de reproductions de planches originales, des planches mythiques géantes, de tapuscrit de scénarios, de journaux Spirou et Pilote en grand format, de photos, de documents personnels, des extraits audiovisuels des Chevaliers du ciel,... L'exposition est partagée en cinq époques: ses débuts de 1924 à 1946, son engagement chez World’s presse et Spirou de 1946 à 1958 où il crée Buck Danny, Surcouf ou La Patrouille des castors, la création de Pilote de 1959 à 1968 où il lance Barbe-Rouge et Blueberry », les Dossiers Noirs de 1970 à 1989 et enfin son héritage.
  • jusqu'au 20 mai 2012 : Exposition- 77 ans de BD roumaine au Centre Belge de la Bande Dessinée - www.cbbd.be - 20 rue des Sables - 1000 Bruxelles C’est le mérite des auteurs de BD roumains d’avoir su produire des œuvres originales de grand talent – fruits d’un long héritage – à travers les vicissitudes d’un siècle dont leur société a particulièrement souffert. Nourris des rares magazines européens qui passaient le Mur, les lecteurs ont dû attendre l’heure de la démocratie pour voir s’épanouir progressivement les différents genres qui font la richesse de la bande dessinée actuelle. Depuis lors, Dodo Nita qui préside l’Association des Bédéphiles roumain et Alexandru Ciubotariu, porte-drapeau de la nouvelle génération des créateurs de BD du pays, n’ont de cesse de retrouver les œuvres qui jalonnent l’histoire de la BD roumaine, encouragés par les créateurs d’hier et d’aujourd’hui qui n’hésitent pas à leur confier leurs travaux. C’est ce trésor inconnu – illustrations et planches originales - qui est l’objet de l’exposition que le Centre Belge de la BD est fier de proposer (communiqué - source Auracan.com).
Les autres galeries BD organisant régulièrement des expositions :
  • Galerie Carole Onambele Kvasnevski - www.artcok.com - 39 rue Dautancourt - 75017 Paris
  • Maison de la Bande Dessinée - 1 boulevard de l'Impératrice - Bruxelles
  • Fermeture définitive LA Gallery Paris - www.lagparis.com - 14 rue Charles V - 75004 Paris - la galerie parisienne a fermé ses portes en septembre. S'adresser à LA Gallery Montréal.

Organisateurs et galeristes, n’hésitez pas à m’adresser des informations sur vos expositions. Lecteurs et amateurs, visitez les sites Internet des galeries et exposants annoncés. Vous trouverez sur l’agenda festivals, expositions et dédicaces du site Auracan.com des informations complémentaires ou essentielles. Vous pouvez d’ailleurs également annoncer vos propres événements BD.

dimanche 30 octobre 2011

Album BD : Triangle rose de Milorad Vicanovic-Maza et Michel Dufranne

Le signe de l’infamie

Chaque nouvel ouvrage de bande dessinée sur la Seconde Guerre mondiale apporte son lot de nouveautés et d’angles inédits. Si la Shoah a été traitée, de Maus d’Art Spiegelman (Flammarion) à Airborne 44 de Philippe Jarbinet (Casterman), Auschwitz de Pascal Crocci (Emmanuel Proust) ou l’Envolée sauvage de Laurent Galandon et Arno Monin (Bamboo, collection Grand Angle), si l’horreur des camps de travail a été le sujet de KZ Dora de Robin Walter (Des Ronds dans l’O), curieusement, l’oppression des homosexuels, qui aurait concerné 75.000 personnes de 1933 à 1945 d’après le Mémorial de la déportation homosexuelle, est restée un tabou en bande dessinée. Au théâtre, au cinéma et à la télévision, deux titres ont porté ce drame sur scène, au grand écran en 1995 (Bent), et au petit écran en 2004 (Un Amour à taire). Emblème adopté par la communauté LGBT, le triangle rose est, comme l’étoile jaune, le résumé symbolique de toute une politique discriminatoire et criminelle à l’égard de minorités. Le Belge Michel Dufranne tente d’exercer son devoir de mémoire en compagnie du Serbe Milorad Vicanovic-Maza.

Un peu comme dans le roman graphique En Italie, il n’y a que de vrais hommes, de Luca de Santis et Sara Colaone (Dargaud) abordant le versant fasciste de cette persécution homosexuelle, le récit prend la forme d’un entretien avec un survivant. Un groupe d’ados doit réaliser un devoir sur la Seconde Guerre mondiale pour l’école, et l’un d’eux suggère de rencontrer son arrière-grand-père, rescapé des camps d’extermination. Or, ce vieil homme, que l’on dit acariâtre, était un « triangle rose », un homosexuel, victime de la barbarie nazie. A l’époque, un homosexuel était considéré comme un déviant sexuel ou un malade mental. Pour le vieil homme, cette rencontre est l’occasion de se plonger dans ses souvenirs refoulés et jamais exprimés.

Exception faite de certains traitements caricaturaux – lors de la présentation de sa bande de copains homos -, on suit son parcours, de l’insouciance de la jeunesse dans les années 30 jusqu’au retour à la vie civile au sortir de la guerre en passant par l’ignominie de la vie des camps. L’album traite aussi de la différence de perception des homosexuels hommes-femmes – les uns n’étaient considérés que comme déchets de l’humanité là où les autres étaient « récupérables », puisqu’utilisables comme reproductrices… Côté graphisme, le dessinateur réaliste classique oppose l’insouciance en couleurs des ados à la bichromie des souvenirs de l’horreur du vieil homme, bichromie qui s’assombrit avec l’horreur subie sans tomber dans le spectacle scabreux.

Au-delà de ces questions fortes de sens, d’autres pointent ici et là. Tel l’usage du Net et de Wikipédia comme source d’informations, en opposition aux paroles et aux souvenirs d’hommes ayant vécu les événements dans leur corps, dans leur esprit, au plus profond de leur âme. Si le lecteur suit la pensée du témoin, les enfants n’auront pas droit au témoignage. Comme si, même de longues décennies plus tard, le grand-père ne pouvait toujours pas parler. Comme si les nazis avaient réussi à humilier de telle sorte les homos qu'ils en avaient perdu leur dignité d’exprimer leur révolte intérieure et conservé uniquement leur culpabilité d'avoir survécu on ne sait comment. D’ailleurs, il est important de rappeler que les lois contre l'homosexualité ont perduré des dizaines d'années après la fin de la guerre. Le « Paragraphe 175 », qui permettra la condamnation des homosexuels, ne sera abolie en Allemagne qu’en… 1992 ! La France, qui a abrogé sa loi vichyste en 1982, n’a pas plus à se vanter de son acceptation de la différence : preuve que les mentalités progressent doucement, lors d’une cérémonie en 1998 en mémoire des victimes de la barbarie nazie, les homosexuels se feront éjectés violemment. Comme s’il y avait plusieurs degrés à l’oppression.

Enfin, quelques mots qui remettent en perspective cet album : le dernier « Triangle rose » survivant connu, Rudolf Brazda, est décédé le 3 août 2011. Par ailleurs, Pierre Seel, décédé en 2005, est le seul Français à avoir obtenu le titre de déporté suite à la répression de l’homosexualité dans l’Alsace annexée. Ce catholique taira longtemps son histoire, se décidant à parler après avoir entendu les propos homophobes de l’évêque de Strasbourg. Il fallait transmettre aux générations suivantes. Parce qu’oublier c’est nier, parce que se souvenir c’est respecter.

© Mickaël du Gouret et Manuel F. Picaud

Triangle rose de Milorad Vicanovic-Maza, Michel Dufranne, éditions Soleil

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Triangle rose – récit complet – de Michel Dufranne (scénario), Milorad Vicanovic-Maza mazastrip.blogspot.com (dessin et couleurs) et Christian Lerolle (couleurs) – Quadrants www.quadrants.eu - 28 septembre 2011 - 17,00 €
extrait encrage de la page 76
© Michel Dufranne et Milorad Vicanovic-Maza / Quadrants

samedi 29 octobre 2011

Dédicace BD du week-end : Jérôme Lereculey

Depuis avril 2011, les dédicaces BD proposées le week-end sont souvent des dédicaces offertes à Brieg F. Haslé. Ces deux nouvelles dédicaces sont signées par Jérôme Lereculey, auteur notamment de la série Wollodrïn. Elles datent de 2000 et 2011. Les crayonnés de l'auteur sont exposés à Saint-Malo dans le cadre d'une exposition qui lui est consacrée par Quai des Bulles. Nous aurons sans doute à nous y croiser !

Passionné par le dessin depuis son plus jeune âge, Jérôme Lereculey en a appris les fondamentaux en prenant des cours à l'école des Beaux-arts de Rennes lycée, puis des cours de nus à l'école des Beaux-arts de Mulhouse et en s’investissant dans l’association Atchoum à Rennes. Il aurait pu devenir ingénieur textile, mais se lance finalement dans la bande dessinée. Pierre Dubois lui confie en 1994 le premier diptyque Cairn - Le miroir des eaux publié chez Zenda.

Démarre ensuite une fructueuse collaboration avec David Chauvel chez Delcourt. Après une polar en trois tomes, Nuit noire, les deux hommes se lancent dans le vrai mythe d’Arthur. Bienvenu dans le monde des légendes et de l’imaginaire où le dessinateur dévoile tout son immense talent. A l’issue de neuf tomes, il poursuit avec deux one-shots Sept Voleurs ou Séraphin et les animaux de la forêt. En 2009, il signe avec Martine Muller Veillée funèbre. Le dessinateur malouin a aussi participé au collectif au Lombard / Quai des Bulles sur les Souvenirs de Films. A 41 ans, le pilier des éditions Delcourt, récompensé pour la qualité de son dessin au festival Quai des Bulles de Saint-Malo, refait équipe avec le scénariste David Chauvel et lance une nouvelle aventure d’héroïc-fantasy, Wollodrïn, dont le premier diptyque est paru en 2011 toujours chez Delcourt.

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8.1 Bouton                                        Commandez 100-30
Wollodrïn - T.1 : Le Matin des cendres – de David Chauvel (scénario), Jérôme Lereculey (dessin) et Christophe Araldi et Xavier Basset (couleurs) – Delcourt, collection Terres de légendes - 19 janvier 2011 – 13,95 €
Wollodrïn - T.2 : Le Matin des cendres – de David Chauvel (scénario), Jérôme Lereculey (dessin) et Christophe Araldi et Xavier Basset (couleurs) – Delcourt, collection Terres de légendes - 15 août 2011 – 13,95 €
Photo © Manuel F. Picaud / Auracan.com

vendredi 28 octobre 2011

Festival BD de l'automne 2011 : Quai des Bulles à Saint-Malo

Chaque année depuis plus de 30 ans, les amateurs du 9e art se donnent rendez-vous à Saint-Malo. La 31e édition de Quai des Bulles, le festival de la BD et de l'image projetée, se tient du 28 au 30 octobre aux portes de la cité malouine. Le 2e festival français est sans doute le plus prisé même si Angoulême reste incontournable. Mais le succès est tel que le festival peine à pouvoir encore rassembler tous les auteurs dans des moments de convivialité. Serait-ce un signe que le festival aurait atteint un seuil ?


L'an passé, le festival avait connu une certaine désaffection du public, un phénomène que connaît la plupart des événements BD payants. Encore un effet de l'offre surabondante, sans doute. Sur la côte Nord de la Bretagne, le festival qui a fêté l'an passé ses 30 ans a cherché à proposer un programme riche à la fois en termes d'invités mais surtout de contenu. Ce festival important a su conserver sa taille humaine en se concentrant sur un site principal autour du Palais du Grand Large, ajoutant quelques parties Off ou officielles dans la ville, mais se concentrant sur les quais comme son nom l'indique. Il accueille en 2011 plus de 350 auteurs et près de 130 exposants. Tellement de monde que les locaux deviennent étroits pour les accueillir. Ainsi, pour l'anecdote, le grand banquet de fruits de mer de bienvenue ne peut plus contenir tous les exposants, auteurs, éditeurs et journalistes. Cette soirée est l'une des rares occasions de croiser autant de monde du 9e art en une seule soirée. Alors les rencontres se feront au grè des chemins de chacun un peu partout dans cette ville touristique bien agréable.


Le programme officiel de cette édition dont l'affiche est signée par Pascal Rabaté heureux gagnant du prix 2010 est d'un rare éclectisme. On y va pour visiter les expositions toujours bien mises en scène. Cette année, on ne manquera pas les 25 ans Delcourt (la dernière célébration de cet anniversaire avec une vidéo de présentation ci-dessus), Ralph Meyer, Hippolyte, les crayonnés de Jérôme Lereculey, 12 septembre, l'Amérique d'après en particulier. A l'espace Duguay-Trouin, on retiendra Mémoire et Bande Dessinée par les éditions Bamboo (déjà montré à Lyon). Parmi les animations, le public peut se rendre au cinéma avec une programmation éclectique, au spectacle avec Contes à Bulles avec Maël et Yann Degruel, concert... Il se reposera à l'espace lecture Canal BD ou s'amusera à l'espace jeunesse. Il fera des rencontres passionnantes dans le cadre de rencontres Pro Amateurs, ou le bistro à bulles… Sans oublier le programme off dans toute la ville. Et le programme professionnel. Les auteurs feront bien de ne pas manquer le rendez-vous du SNAC à 17h00 sur le contrat commenté, un excellent document qui pourrait aider les auteurs à éviter des déconvenues. Lire le superbe travail réalisé par l'équipe du syndicat national des auteurs compositeurs, section BD sur leur site : www.syndicatbd.org/pdf/contratcomment.pdf



L'équipe d'Auracan.com sera évidemment présente pour cette édition du vendredi au dimanche, pour rencontrer les auteurs, les éditeurs, les confrères et les exposants sans oublier les lecteurs, et surtout s’enivrer de ce beau programme dynamisé par l'air marin ! L'entrée coûte 7,00 € par jour ou 12,00 € pour deux jours. N'hésitez pas à consulter le blog pour l'actualité et le site pour le détail du programme (accessible dans sa version horaire également ici). Même si bd BOUM à Blois tente de ravir la seconde place à Quai des Bulles, Saint-Malo continue sa course de belle manière. Il reste à trouver la manière de passer le seuil actuel s'ils le souhaitent. Mais est-ce vraiment souhaitable ?


jeudi 27 octobre 2011

Meilleures ventes BD hebdomadaires au 23 octobre 2011

Pour cette nouvelle semaine d'octobre 2011, la BD s'essouffle déjà. Si elle conserve une place assez conforme à sa part dans le marché du livre, ce 42e classement hebdomadaire 2011 des meilleures ventes de livres pour ce qui concerne les bandes dessinées marque un rééquilibrage au profit du manga et de nombreux changements. Dans les 200 meilleures ventes de livres au cours de la semaine du 17 au 23 octobre 2011, la BD franco-belge avec 17 titres au lieu de 19 surpasse encore les 12 mangas, en nouvelle progression de deux titres. Le classement s'enrichit cette semaine de quatre nouveautés mais déplore six départs. Le T.55 des Tuniques bleues confortent sa première place, juste devant le T.14 de Sillage. La 3e marche du podium est conquise par une nouveauté, le T.4 d'Antares de Léo. Peut-être avait il été omis la semaine passé, mais le T.7 d'Okko, également doté d'une édition Collector pour les 25 ans de Delcourt, arrive à la 4e place. L'éditeur réussit bien sa semaine avec en outre l'entrée du T.7 de Jour J, la série uchronique lancée par David Chauvel. Mis à part le T.6 de Studio Danse, qui progresse de deux rangs et sauve sa dernière place, et les Ignorants qui tiennent leur 8e place, tous les autres titres sont en recul. Le gadin de la semaine échoit à Les hommes viennent de Mars, les femmes viennent de Vénus publié par Jungle. L'autre nouveauté est le T.52 de Spirou qui ne devrait pas en rester là en attendant le retour de Tintin dynamisé par la sortie du film. A l'inverse, six albums tirent leur révérence comme le T.14 de Walking Dead qui avait signé la pire performance la semaine passée, tout comme Very Bad Twinz ou Bart Simpson, Terres lointaines, les Nombrils et avec la fin de la Coupe du Monde de Rugby, les Rugbymen. Côté éditeurs, le label Jungle est égalé par Dargaud et Delcourt avec trois albums chacun. Les autres éditeurs présents sont Bamboo, Dupuis, Futuropolis, Mad Fabrik, Marsu Productions et Soleil avec chacun un titre.



Voici la liste détaillée de ce classement :


  1. Les Tuniques Bleues - T.55 : Indien, Mon Frère - de Willy Lambil et Raoul Cauvin - Dupuis7 octobre 2011 - 10,45 € (=)
  2. Sillage - T.14 : Liquidation totale - de Philippe Buchet et Jean-David Morvan - Delcourt, collection Néopolis - 12 octobre 2011 - 13,50 € (=)
  3. Antares - T.4 - de Léo - Dargaud, collection Le monde d'Aldebaran - 20 octobre 2011 - 11,55 € (entrée)
  4. Okko - T.7 : Le Cycle de feu - de Hub - Delcourt, collection Terres De Legendes - 12 octobre 2011 - 14,95 € (entrée)
  5. Le Grand Mort - T.3 : Blanche - de Vincent Mallié, Régis Loisel et Jean-Blaise Djian - Vents D'ouest - 12 octobre 2011 - 13,50 € (-1)


  6. Les Naufragés D'ythaq - T.9 : L'impossible Vérité - de Christophe Arleston et Adrien Floch - Soleil - 28 Septembre 2011 - 13,95 € (-3)
  7. Boule et Bill - T.33 : à l'abordage - d'après Roba par Laurent Verron - Dargaud - 9 septembre 2011 - 10,45 € (-2)
  8. Les Ignorants - récit complet - d’Étienne Davodeau - Futuropolis - 13 octobre 2011 - 24,50 € (+3)
  9. Spirou et Fantasio - T.52 : La Face cachée du Z - de Yoann et Fabien Vehlmann - Dupuis - 21 octobre 2011 - 10,45 € (entrée)
  10. Les Simpson - T.16 : - de Matt Groening - Jungle - 19 août 2011 - 9,95 € (-4)



  11. La Planète des Sages - Encyclopédie mondiale des philosophes et des philosophies - de Jul et Charles Pépin - Dargaud - 26 août 2011 - 19,95 € (-2)
  12. Les hommes viennent de Mars, les femmes viennent de Vénus - d'après John Gray par Jif et Nathalie Jomard - Jungle / Michel Lafon - 18 septembre 2011 - 12,00 € (-5)
  13. Gastoon - T.1 : Gaffe au neveu - de Simon Léturgie (dessin) et Yann Lepennetier et Jean Léturgie (scénario) - Marsu Productions - 25 août 2011 - 10,45 € (-3)
  14. Scènes De Ménages - T.1 - de Jif et Éric Miller - Jungle - 11 septembre 2011 - 9,95 € (-3)
  15. Kid Paddle - T.12 : Panik room - de Midam - Mad fabrik - 24 août 2011 - 10,50 € (-3)
  16. Jour J - T.7 : Vive l'Empereur - de Fred Blanchard, Fred Duval, Jean-Pierre Pécau (scénario), Gess (dessin) et Thorn (couleurs) - Delcourt, collection Neopolis - 13,95 € (entrée)
  17. Studio Danse - T.6 - de Crip et Béka - Bamboo - 2 octobre 2011 - 10,40 € - Bamboo (+2)

Six sorties :

  • Bart Simpson - T.2 : As de la glace - de Matt Groening - Jungle - 15 septembre 2011 - 9,95 €
  • Les Nombrils - - T.5 (3e partie) : Blanc albinos - de Delaf et Maryse Dubuc - Dupuis
    - 6 octobre 2011 - 5,50 €
  • Les Rugbymen - T.9 : Si on gagne, c'est le gâteau sur la cerise ! - de Poupard et Béka - Bamboo - 24 août 2011 - 10,40 €
  • Terres lointaines - T.4 - d'Icar et Léo - Dargaud - 6 octobre 2011 - 11,55
  • Very bad Twinz - T.1 - de Margaux Motin et Pacco - Fluide Glacial-Audie - 1er octobre 2011 - 12,00 €
  • Walking dead - T.14 : Pièges - de Charlie Adlard et Robert Kirkman - Delcourt, collection Contrebande - 21 septembre 2011 - 13,50 €
6.2.1 NOUVEAUTES                                                   LIVRES2.6 Livres 120x60                                                   - 2
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Courtesy au site www.edistat.com. Ce service de Tite Live travaille sur la liste de 200 meilleures ventes hebdomadaires de livres tous genres confondus selon un référencement automatique dans 1.200 points de ventes en France métropolitaine (hors Corse). Les chiffres ne tiennent pas compte des ventes à distance ni des ventes en Belgique ou en Suisse, mais d'une sélection représentative des autres circuits de distribution traditionnelles en France (grandes surfaces, librairies, surfaces culturelles). La représentativité de l'échantillon est calculée selon les données du DEP-Ministère de la Culture (TN-Sofres pour l'Observatoire de l'économie du livre).

mercredi 26 octobre 2011

Tintin vu par Spielberg : de la ligne claire à la 3D

Ce lundi soir, 24 octobre 2011, à Bercy, était projeté en avant-première le film sur Tintin et le secret de la Licorne réalisé par Steven Spielberg. Deux jours avant la sortie mondiale du film en Europe, quelques centaines d'invités ont pu goûter au plaisir de cette découverte. Outre Casterman, plusieurs partenaires du film ont organisé dans les plus grandes salles parisiennes de telles avant-premières comme Peugeot sur les Champs-Élysées. Les heureux invités succédaient à quelques privilégiés triés sur le volet qui eurent la chance de visionner le film deux semaines avant. Voici mes premières impressions.

"Un vrai gamin", me suis-je dit de moi-même en sortant de la salle. Comme de nombreux spectateurs, mes yeux scintillaient de ce déferlement d'images de synthèse. Enki Bilal me confiait combien il trouvait le "projet excitant et réussi". Il est vrai que l'auteur qui prépare une adaptation d'Animal'z au cinéma avait envisagé cette technique de "motion capture" en connaît les contraintes et salue la prouesse technique. Je croisais aussi Craig Thompson de passage à Paris pour la promotion de son impressionnant roman graphique Habibi, Nicolas de Crécy, Laurent-Frédéric Bollée, Benoît Sokal et bien d'autres auteurs, tous ravis. Je m'attardais auprès des équipes Casterman totalement conquises quelle que soient les générations. Je discutais avec mes confrères qui ne pouvaient décemment pas surenchérir sur Libération qui n'a pas aimé. Non l'unanimité était de rigueur. Et n'en déplaise à certains, je ne me désolidariserai nullement du mouvement général.


Pourquoi ? Les premières images du film donnent le ton plein de respect pour l’œuvre originale. On y voit un jeune homme de dos, en train de se faire tirer le portrait sur une grande place de Bruxelles. C'est jour de marché aux puces. Le dessinateur n'est autre que Hergé. Le tableau qu'il montre à son modèle n'est autre qu'un dessin de Tintin qu'on connaît tous. Le jeune homme se retourne et apparaît le Tintin en 3D face à face avec son portrait en 2D. La transmission est faite avec quelle adresse ! Le cinéaste a perçu le besoin de rendre hommage à l'auteur et à son dessin pour lui donner une nouvelle vie. C'est bien une adaptation d'une bande dessinée européenne. Et pas n'importe laquelle. Celle du maître incontesté du neuvième art dans la vieille Europe. Le cinéma américain qui a presque épuisé son catalogue de comics à adapter au grand écran s'empare d'un classique.


Avant même cette scène, le générique superbement construit amène progressivement le spectateur de l'image sans relief, à l'image en 3D juste réalisée avec de images superposées avec des profondeurs différentes avant d'arriver à la véritable 3D qui envahit l'écran et le public. Là encore, le message voulu est le passage de la 2D à la 3D, avec toujours d'innombrables références à la bande dessinée et ses couvertures d'album, ses personnages, mais aussi au cinéma. Et ces allers-retours entre l'oeuvre originale et le cinéma seront légion pendant les deux heures du film.


Le film s'inspire officiellement des deux albums de Tintin, Le Secret de la Licorne et le Trésor de Rackham le Rouge, que ressort en diptyque l'éditeur Casterman pour l'occasion, mais s'appuie aussi sur d'autres comme le Crabe aux pinces d'or et des personnages plus récents comme Bianca Castafiore. Les Tintinophiles s'amuseront à retrouver les indices et verront combien le scénario est astucieux. Par exemple, il réécrit l'histoire de la malédiction d'Haddock pour l'alcool, une manière d'excuser son alcoolisme totalement assumé qui ne doit pas servir de modèle aux plus jeunes. Son langage fleuri a peut-être perdu certains de ses accents, mais le Capitaine est immédiatement attachant avec ses yeux malicieux. Les yeux de Tintin m'ont fait le plus craquer. Tintin en 3D est le personnage le moins expressif physiquement. Il est le plus jeune, non ridé, marquant peu de mouvement en parlant. Finalement il est bien ce personnage lisse, que reproche ses détracteurs, mais surtout cette incarnation de la ligne claire où ne subsistent que l'essentiel. Et là les deux points des yeux du dessin deviennent des yeux bleus scintillant d'intelligence. Dès les premières images la magie opère et chaque spectateur devient ce jeune journaliste intrépide en chasse d'un scoop spectaculaire. Et quoi de mieux qu'une chasse au trésor ?

Sans dévoiler le synopsis, en voici quelques pistes de début. Déjà un journaliste célèbre, Tintin va découvrir sur le fameux marché aux puces, une magnifique maquette du vaisseau du 17e siècle, la Licorne. A peine acquise pour 10£, elle est la proie de nombreux prédateurs. Très vite, Tintin va en découvrir la raison, il s'y cache une carte d'un trésor, peut-être bien celui de Rackham Le Rouge ... D'indice en indice, d'enlèvement à l'évasion, Tintin va se lancer tête baissée avec son fidèle Milou dans cette fabuleuse aventure où il rencontre le Capitaine Haddock, retrouve les détectives Dupont et Dupond, et bien d'autres personnages que l'on connaît par coeur. A ce propos, coup de chapeau pour Milou. Donner vie au Fox qui s'exprime par bulles n'était pas simple. Le résultat dépasse toutes les attentes avec un chien coquin, vif et expressif au possible. Il réussit un tandem sans faute avec son maître.


Côté cinéma, on retrouve de nombreuses références comme Hitchcock qui apparaît en ombre, évidemment Indiana Jones en particulier dans les scènes de poursuite dans une ville côtière arabe ou encore Pirates des Caraïbes avec la reconstitution de l'abordage de la Licorne. Et si on part de la BD, on finit bien par le cinéma à très grand spectacle qui en jette bien les yeux.

Cette richesse de contenu rendra peut-être difficile de tout percevoir la première fois et cela donnera l'occasion de revenir, par exemple dans une version différente non sous-titrée. Une chose est certaine. Le pari est déjà à moitié réussi : les Européens vont adorer ce film, véritable hommage à Hergé et à Tintin, véritable passerelle de la Ligne claire à la 3D. Reste à savoir quel sera l'accueil en Amérique. Réponse en décembre ! Et si le public américain répond positivement, le pari sera totalement gagné et ouvrira sans doute d'autres horizons...
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Illustrations Les aventures de Tintin : Le Secret de la Licorne © Sony Pictures Releasing France

Deux livres à lire avant et après le film :
  • Tintin - Le secret de La Licorne & Le trésor de Rackham le Rouge - d'Hergé - Casterman - 26 octobre 2011 - 15,00 €
  • Tintin - L'album du film - Le secret de la Licorne - d'après Hergé - Casterman - 26 octobre 2011 - 9,95 €

mardi 25 octobre 2011

Exposition BD : La Fille de Paname de Kas et Galandon à la Galerie Napoléon

Après le débarquement, la Galerie Napoléon fait un saut en arrière dans le temps. Elle accueille en effet pendant trois semaines l'exposition-vente à l'occasion du premier volet du diptyque La Fille de Paname réalisé par Laurent Galandon et Kas et publié au Lombard dans la belle collection Signé. Le vernissage s'est déroulé le 20 octobre en soirée, un jour très chargé dans le 9e art... Reportage en photos.

Lancé par la collection Grand Angle chez Bamboo, Laurent Galandon a diversifié ses collaborations et poursuit l'écriture de scénarios pleins de sens ancrés dans l'Histoire. Après Quand souffle le vent dans la collection Long Courrier chez Dargaud, il a signé un nouvel album La Fille de Paname dans une autre collection d'auteurs, Signé au Lombard. Ce diptyque s'intéresse à l'histoire de Casque d'Or, alias Amélie Elie, une jeune femme qui voulait échapper à sa classe sociale laborieuse et qui va côtoyer les Apaches à Paris en ce début de 20e siècle. Les Apaches sont des proxénètes et des voyous qui sévissent dans les rues de Paris. Cet album réalisé à la manière des journaux d'antan avec cinq pleines pages pour introduire les chapitres est mis en images par Kas très inspiré pour mettre en valeur les personnages et la richesse de leur vie. Cette saga humaine met en avant les personnages dans des décors parfaitement reconstitués en arrière plan.



L'exposition présente une belle sélection de planches joliment mises en couleurs par sa compagne Graza et Kas lui-même. Encadrés sur fond rouge, les originaux proposent les pages de plus petit format mais incroyablement réalistes inspirés des vieux journaux, et quelques échantillons de planches en très grand format aussi expressives que sensuelles de l'auteur. Ici des scènes d'amour hétéro, là des enchevêtrements de corps lesbiens, ici des réunions d'Apaches, là des décors de Paris. L'ensemble avec quelques portraits des protagonistes est exposé dans le sous-sol de la galerie. Au rez-de-chaussée, le galeriste Guillaume Lafon a dressé une grand bâche très accrocheuse sur l'album et mis en valeurs d'autres dessins, croquis et planches de Kas, avec la couverture de l'album (une peinture estimée à 8.000 €). Les planches de Kas dépassent en général les 2.400 € tandis que les dessins débutent à 50 € et les illustrations couleurs tournent autour de 300 €.


Quelques amis des auteurs Kas et Laurent Galandon étaient venus faire un tour au vernissage comme Andréi Arinouchkine, qui a fini un nouvel album en solo dans la veine d'Ewen, à paraître dans quelques jours ou encore Youssef Daoudi qui a signé en solo les deux épisodes de Mayday. A noter aussi la présence de Jean-Luc Mirmand du festival BD de Buc. A votre tour de vous y rendre et voir ces originaux bien plus éclatants encore que dans l'album.
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Exposition-vente jusqu'au 16 novembre 2011 : Kas et Laurent Galandon (La Fille de Paname) à la Galerie Napoléon - galerienapoleon.com - 23 rue Charles V - 75004 Paris.

Photo lors du vernissage le 20 octobre 2011 © Manuel F. Picaud / Auracan.com
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