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dimanche 15 avril 2012

Héros BD : Iznogoud fête ses 50 ans !

Photo montage de Nicolas Canteloup, Iznogoud et Laurent Vassili
A la veille d’une campagne électorale majeure en France, la satire politique est à son paroxysme. L’un des pionniers du genre reprend du service avec l’imitateur et humoriste Nicolas Canteloup. Le T.29 d’Iznogoud notamment fête à sa manière le jubilé de l’un des personnages les plus honnis et les plus haïssables de la bande dessinée franco-belge. Iznogoud a en effet 50 ans. Retour sur une figure incontournable du neuvième art. 

La série sous le nom d’Iznogoud est plus récente, mais l’apparition officielle du personnage date du 7 septembre 1961 dans le n° 96 du magazine Pilote. A cette date paraît l’un des courts récits du futur album Les Vacances du Petit Nicolas paru ensuite le 25 mars 1962 chez Denoël, écrit par René Goscinny et illustré par Sempé. Dans ce chapitre La  Sieste, le scénariste y rapporte une histoire imaginée par le moniteur – « le chef » - de colonie de vacances pour inciter Nicolas et ses petits camarades à faire la sieste. « Il y avait une fois, a dit le chef, dans un très lointain pays, un calife qui était très bon, mais qui avait un très méchant vizir… » 

La véritable entrée en scène en bande dessinée d’Iznogoud date du 15 janvier 1962. Le personnage arriviste figure au sommaire du nouveau mensuel pour la jeunesse Record lancé par Dargaud et La Maison de la Bonne Presse (groupe d’édition renommé Bayard Presse en 1969). Il est demandé à René Goscinny, déjà chez Pilote, une nouvelle série. Alors qu’il envisage la création d’un personnage de détective avec Jean Tabary aux crayons, il finit par reprendre l’idée apparue dans Le Petit Nicolas pour en faire un récit original et sarcastique de lutte de pouvoir au temps des Contes des Mille et Une Nuits. Intitulées Les Aventures du calife Haroun el Poussah, les histoires courtes parurent dans 44 numéros de ce magazine, avant de reprendre dans Pilote à partir de 1968 jusqu’en 1977. Elles y adopteront le titre Les Aventures du grand Vizir Iznogoud en 1972. Le personnage sera aussi l’hôte du Journal du Dimanche à partir de 1974 sous la forme de chroniques « L’ignoble Iznogoud commente l’actualité » ainsi que dans Circus en 1981. 

René Goscinny  et Jean Tabary
En cinquante ans, 29 albums ont été publiés sans compter les hors séries. Au total est même parue une cinquantaine d'albums différents vendus à plus de 10 millions d'exemplaires. Edités d’abord à partir de janvier 1966 par Dargaud, pour les 8 premiers volumes, ils sont repris successivement par BD-Star (Je veux être Calife à la place du Calife – 1978), Glénat (L’Enfance d’Iznogoud -1981), puis La Séguinière qui deviendront les éditions Tabary en 1979 avant d’être rachetées en 2011 par les éditions Imav - www.imaveditions.com créées par le couple Anne Goscinny et Aymar du Chatenet en 2003. Ces albums ont été réalisés par le duo de créateurs jusqu’au décès de René Goscinny en 1977. Jean Tabary continuera seul les mésaventures d'Iznogoud jusqu’à un incident vasculaire en 2004 et sa disparition à l’été dernier. La transition a commencé avec ses enfants Nicolas – au dessin – et Muriel et Stéphane au scénario qui publient à l’automne 2008 Les milles et une Nuits du Calife, l’avant-dernier tome, curieusement absent de la liste des plus grands tirages de cette année-là dans le rapport annuel de l’Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée (ACBD) concocté par Gilles Ratier.
Quelques badges particulièrement d'actualité

Sans prendre le risque de se tromper, la série Iznogoud restera encore longtemps la critique emblématique de la course inique du pouvoir et une satire de la cupidité humaine, et pour cette raison l'un des classiques incontournables de la Bande Dessinée, d'autant que l'auteur maîtrisait un dessin nerveux, terriblement expressif à la limite permanente de la caricature et s'amusait - avec son complice Goscinny - de calembours à répétition, à commencer par le titre de la série. La moralité de l’histoire est restée optimiste puisque le Vizir malgré toutes ses tentatives ignominieuses n’arrive jamais à renverser l’impassible Haroun el Poussah. 


Pour fêter cet anniversaire, plusieurs événements ont eu lieu depuis le début de l’année 2012. La Galerie Slomka www.galerieslomka.com – a proposé à Paris une courte exposition d'originaux à l'occasion du nouvel album Iznogoud président. Un 29e album vient en effet renouveler la série. Anne Goscinny a convaincu l'humoriste imitateur Nicolas Canteloup et son complice Laurent Vassilian de reprendre le scénario de la série. Présent pendant 6 semaines dans les meilleures ventes, l'album est paru le 21 février avec, au dessin, toujours Nicolas Tabary, né le 22 juillet 1966. Sortant opportunément en pleine campagne électorale, il voit celui qui voulait être calife à la place du calife, aspirer cette fois à devenir Président à la place du calife. On peut voir dans leur Iznogoud un savant mélange entre « Villepin énervé, une pincée de Funès, avec l'ombre de Sarkozy qui plane » et des inspirations puisées autant dans la campagne présidentielle que dans le Printemps arabe. Les nouveaux autours ne se privent d’aucun calambour – pas toujours dans la finesse – et conservent le ton bavard des albums historiques.

Vitrine de la Galerie Slomka aux couleurs d'Iznogoud © Manuel F. Picaud

Simultanément paraît un ouvrage anniversaire intitulé Iznogoud, 25 histoires de Goscinny et Tabary de 1962 à 1978. Il comprend en 280 pages, 25 histoires de 2 à 16 planches parues entre 1962 et 1978 dans les magazines Record et Pilote avant d'être éditées en albums et inclut quelques bonus avec notamment les mille et un calembours, le who's who des personnages, la première aventure d'Iznogoud dans sa version re-colorisée, la dernière histoire de René Goscinny (Les œufs d'Ur) avec son scénario original complet face aux planches dessinées par son complice Jean Tabary. L’épais volume vaut le détour. 

On aurait aimé une vraie exposition rétrospective pour le grand public dans le cadre d’un festival renommé ou d’un lieu prestigieux. Mais c’est peut-être un projet en cours.


Site Iznogoud : iznogoud.com
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