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jeudi 16 août 2012

Alix 64 ans après (épisode 2/3)


Beau jeune homme blond, fort et intelligent, Alix a incarné pour beaucoup de lecteurs un héros idéal dans lequel ils pouvaient s’identifier. Plus de soixante ans après sa naissance, deux auteurs Valérie Mangin et Denis Bajram changent la donne et proposent de raconter sa vie trente années plus tard. Alix Senator a désormais 54 ans et le titre de sénateur, un rang élevé dans l’Empire romain. Mais comment est né Alix Senator ?




Il a fallu deux ans à ce projet pour éclore. Tout commence par une discussion informelle entre l’éditeur Reynold Leclercq de Casterman et le couple Denis Bajram-Valérie Mangin en septembre 2010. Pourquoi ne pas écrire sur Alix ? Latiniste émérite, Valérie Mangin justifie ses études classiques par la découverte du Dieu sauvage à l’âge de 12 ans. Même si elle a préféré une carrière de scénariste, elle obtient le titre d’archiviste-paléographe après son passage à l’École nationale des Chartes et suit le cursus en Histoire et en Histoire de l’art à la Sorbonne. Avec son compagnon, elle réfléchit à un possible apport à cette série. S’inspirant des comics comme Batman, ils ont l’idée d’écrire une nouvelle page postérieure à l’œuvre de Jacques Martin.


Dès janvier 2011, les deux auteurs sont reçus par Louis Delas, Directeur Général de Casterman, au Festival International de Bande Dessinée à Angoulême. A leur grande surprise le projet a en effet passé toutes les étapes de décision en quelques mois seulement. « Nous avons pratiquement eu carte blanche », s’étonne Valérie Mangin. Un an après, toujours à Angoulême, Casterman annonce à la presse la sortie prévue neuf mois plus tard du premier album. Rarement, l’éditeur aura commencé aussi tôt une campagne promotionnelle pour le lancement d’un album…


Pour le dessin, la scénariste n’a toujours vu que Thierry Démarez avec lequel elle signe six épisodes du Dernier Troyen chez Quadrants (Soleil). Ce dessinateur réaliste a abandonné son poste de décorateur à la Comédie-Française pour se consacrer à ce spin-off. Réalisant cette suite de manière traditionnelle, jusqu’aux couleurs à l’acrylique, il s’appuie sur une documentation rigoureuse pour peindre de nombreux décors qui renouent avec les codes de Jacques Martin, mais dans un style alerte et modernisé. On pense davantage à la veine de Murena de Jean Dufaux et Philippe Delaby plutôt que le style des Aigles de Rome d’Enrico Marini.


En vieillissant le personnage principal, les auteurs ont trouvé une idée pertinente. Sur le plan graphique, il leur est plus facile de faire évoluer le style, sans pour autant renier l’héritage. Mais surtout ils peuvent se démarquer de la série mère, tout en restant dans la filiation. Il fallait bien connaître la série pour réussir le pari. Et Valérie Mangin accentue les points de force de la série mère. Ainsi en donnant à Alix une fonction respectable, elle justifie davantage qu’il tourne dans les hauts lieux du pouvoir et lui ouvrent plus facilement des portes. Sénateur, Alix devient un acteur de la Cité alors qu’il dénouait des affaires de manière à la fois fortuite ou en mission privée. Cette crédibilité permet aussi d’entrer plus en profondeur dans une sphère évitée par Jacques Martin, à savoir la politique et la religion, au-delà des conflits humains.


En choisissant la période d’installation du nouveau régime d’Octave à l’issue de la longue guerre civile, ils renouent avec les époques riches en échanges et actualités. Dans le premier épisode, on découvre aussi que le héros est père de famille avec un fils prénommé Titus. Si l’apparition d’une famille rompt avec le passé, l’ambiguïté demeure quant à l’existence de la mère et la relation qui a pu exister. Par ailleurs, l’ami Énak a disparu, au moins momentanément. Si on le suppose mort, lui aussi a eu un fils Khephren dont Alix s’occupe. L’histoire se répète donc avec l’amitié des deux jeunes gens et la présence des deux adolescents tout aussi obstinés à résoudre l’enquête confiée à leur père renforce ce lien originel. Mais s’y ajoute aussi une dimension de transmission des valeurs d’Alix à ses enfants. Et on se prend déjà à imaginer le spin-off suivant au temps de Titus et Khephren !


Sur le genre enfin, les auteurs ont misé encore davantage sur le polar et le récit d’aventures. Les auteurs ont choisi un format semblable aux albums d’Alix, soit 46 planches, avec un récit qui se dénoue dans l’épisode, mais en même temps il s’agit du premier volet d’un triptyque, qui pourra ensuite se poursuivre.


Assurément les auteurs et l’éditeur ont su capitaliser sur le potentiel de la série. Pas étonnant qu’Alix Senator se soit imposé comme une évidence ! Depuis plusieurs mois, l’éditeur entretient le ramdam et travaille au succès de son lancement. Est-ce que l’initiative sera du goût de tous ?

Prochain épisode : Alix Senator vu par les fans d’Alix
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