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mardi 25 septembre 2012

Effervescence de BD sur la Franc-Maçonnerie (épisode 4/4)

Entrée du Musée de la Franc-Maçonnerie  © Manuel F. Picaud
Trois albums sur la Franc-Maçonnerie en cette rentrée, cinq séries différentes depuis le début de l’année. Hormis pour Hugo Pratt avec notamment sa Fable à Venise puis pour Didier Convard avec le Triangle Secret, le sujet semblait un tabou en BD. Faut-il voir dans cette recrudescence une tendance née des interrogations sur une époque, une démarche marketing de niche pour toucher les 160.000 Francs-Maçons en France et 24.000 en Belgique, ou encore un marronnier éditorial visant tous ceux dont le secret de ces obédiences discrètes attise la curiosité ?

L’année 2012 prolifique en polars maçonniques en BD coïncide avec la mise en avant de l’exposition Corto Maltese et les secrets de l’initiation au Musée de la Franc-Maçonnerie, au siège principal du Grand Orient de France (GOdF), rue Cadet dans le neuvième arrondissement de Paris. Pendant cinq mois, le public a pu voir l’œuvre d’Hugo Pratt, qui a été initié en Italie, par le prisme de ses influences et références maçonniques. La principale obédience maçonnique française en a profité pour communiquer largement sur le sujet et a pu attirer de nombreux profanes dans son musée qui raconte l’ensemble de son histoire. Sans qu’on puisse reprocher une tentative de récupération d’un artiste, devenu Franc-Maçon à la loge Hermès de la Grande Loge d’Italie de 1977 jusqu’à sa mort en 1995, le musée montrait notamment les décors de Maître de l’artiste, son épée, mais aussi quelques extraits de son œuvre où il dévoila Corto Maltese en loge dans Fable de Venise, ou encore Fort Wheeling, une grande aventure humaniste ou le testament maçonnique d'Hugo Pratt. Pourquoi une telle démonstration publique pour le GOdF ? Sans doute pour des raisons culturelles, mais on ne peut s’empêcher de penser qu’il espère attirer de nouveaux futurs initiés.

Vitrine du Grand Orient de France © Manuel F. Picaud
L’effervescence de BD sur la Franc-Maçonnerie tiendrait elle à une même démarche prosélyte ? On a vu qu’au moins un auteur de chaque série est lié à ces organisations maçonniques avec lesquelles ils ne règlent pas des comptes, mais au contraire valorisent généralement la démarche. L’exception est Ars Magna qui fait d’ailleurs davantage explorer les codes symboliques que révéler les rituels maçonniques. L’insistance à répondre aux attaques courantes faites à la Franc-Maçonnerie pourrait plaider en ce sens. Pourtant, en changeant parfois le nom des obédiences ou en montrant les travers de ces ordres, ils prendraient aussi le risque contraire. Il faut sans doute parler d’une évolution de la Franc-Maçonnerie qui cherche à sortir de son statut d’occultisme et d’ésotérisme par une meilleure visibilité, sans pour autant tout dévoiler et abandonner toute notion du secret.

Sommes-nous dans un phénomène de mode ou une démarche commerciale ? Les sorties concomitantes des albums témoignent au minimum d’une vogue. Quand on voit ensuite le soin apporter aux couvertures, parfois semblables, avec le maximum de symboles devant attirer l’œil comme un Franc-Maçon en tenue mais aussi l’incontournable croix gammée qui n’a rien à voir avec la Franc-Maçonnerie, on ne peut s’empêcher de penser à une réflexion markéting pensée. Mais cette offre répond sans doute aussi à une « tendance socio-culturelle plus profonde, en réaction au matérialisme de notre société », comme l’exprimait dernièrement Alain-Jacques Lacot, et aussi à la curiosité du public vis-à-vis de fonctionnements mystérieux et du culte du secret qui cacherait une « Vérité ».



Illustration de l’ensemble de ce phénomène, le festival maçonnique d’Épinal consacre trois journées autour de Bandes dessinées et Franc-Maçonnerie dans le cadre du 150ème anniversaire de la Fraternité Vosgienne. S’y adjoint une exposition autour de la bande dessinée avec Hugo Pratt et Corto Maltese, Didier Convard et Le Triangle Secret, Jacques Viallebesset et La Conjuration des vengeurs à la Bibliothèque Municipale Intercommunale d’Épinal jusqu’au 12 novembre 2012. Une manière aussi de rappeler qu’un Franc-Maçon Jean-Charles Pellerin, fondateur de l’Imagerie d’Epinal, a sans doute contribué à l’éclosion de ce genre mêlant images et textes.

Exposition Frères de papier à la BMI d’Épinal © DR

Après la matinée de samedi 22 septembre consacrée à Corto Maltese et Hugo Pratt, leurs Voyages en Franc-maçonnerie, deux colloques suivront, le premier consacré à Ésotérisme, BD et Franc-Maçonnerie chez Hugo Pratt, Hergé et Didier Convard, le second sur l’Imaginaire et Franc-Maçonnerie.

Vitrine de l'exposition Hugo Pratt © Manuel F. Picaud
Animé par Claude Vautrin, journaliste et écrivain, cette première succession de tables rondes se déroulera le samedi 13 octobre de 9h à17h à l’Auditorium de la Louvière - 7 rue de la Louvière à Épinal (88). L’entrée est libre et permet d’assister à plusieurs conférences animées par un expert et qui se concluent à midi avec une table-ronde suivie d’échanges avec le public :

Décor de Maçon d'Hugo Pratt © Manuel Picaud
à 9h15 : Corto Maltèse, Franc-Maçon de toute éternité animé par Joël Gregogna, avocat et auteur de La Venise d'Hugo Pratt et Corto l'initié ;
à 10h : Hergé, fils d'Hermès, ou la Table d'Emeraude en BD par Bertrand Portevin, auteur du Monde inconnu d'Hergé ;
à 10h45 : Tintin et Hergé : une aventure de la pensée par Laurence Vanin-Verna, professeure de philosophie politique, auteure de Tintin et la pierre philosophale) ;
à 11h30 : Didier Convard, de l'autre côté du miroir animé par Joël Gregogna, avocat et auteur des Arcanes du Triangle secret.

L’après-midi continue avec un programme plus axé sur les rapports entre l’Art Royal et le Neuvième Art toujours animés par Claude Vautrin avec à 14h00 l’intervention de Denis Falque sur Du dessin dans l’Art Royal, puis à 15h00, celle de Didier Convard sur De l’Imaginaire dans l’Art Royal et dans le 9°Art et se terminera à 16h00 par une table ronde avec Didier Convard, Denis Falque, Laurence Vanin-Verna, Joël Gregogna.

Extrait d'une planche de Hugo Pratt
Enfin, une dernière journée sera consacrée à l’Imaginaire et Franc-Maçonnerie selon le même principe de conférences suivies de discussion en table-ronde, le samedi 27 octobre 2012 au même endroit avec Alain-Jacques Lacot, éditeur et chroniqueur littéraire comme animateur. La matinée s’intéressera à l’Imaginaire et Initiation occidentale avec notamment Hergé et Tintin, la vie secrète d’Hergé par Olivier Reibel, écrivain et Tintin chez les initiés par Jacques Fontaine, écrivain. L’après-midi se tournera vers les Fictions et Franc-Maçonnerie sous la direction de Jacques Viallebesset, avec une présentation de Bandes dessinées et Franc-Maçonnerie par Jack Chaboud, romancier et essayiste, puis de L’imaginaire en Franc-Maçonnerie, par Jacques Viallebesset, auteur du roman La conjuration des Vengeurs et enfin le thriller maçonnique par Eric Giacometti et Jacques Ravenne, auteurs de romans et de la BD Marcas.

Si le sujet vous intéresse et que vous souhaitez aller plus loin, n’hésitez pas à vous y rendre pour parfaire vos connaissances, comprendre de nouvelles facettes et échanger avec les auteurs. Ces journées à Épinal permettront sans doute de mieux approcher le phénomène.
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Photos © Manuel F. Picaud / auracan.com
voir le site de La Fraternité des Vosges : http://fratepinal.org/
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