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mardi 18 septembre 2012

Réception d'Alix Senator au Sénat


Le nouvel album Alix Senator est l'un des événements éditoriaux des éditions Casterman dirigées par Louis Delas. Placé dans un premier temps à plus de 45'000 exemplaires chez les libraires, l'album bénéficie d'une campagne de promotion remarquée et ambitionne de dépasser rapidement son tirage initial et pourquoi pas la série mère. Pour l'occasion, une visite de presse du Sénat s'est organisée avec les auteurs Valérie Mangin et Thierry Démarez et les deux éditeurs Simon Casterman et Reynold Leclercq. Petits échos en image et présentation aux sénateurs par Valérie Mangin.

Rendez-vous au 75 rue de Vaugirard. Devant l'une des deux chambres du Parlement français, ce jeudi 13 septembre. Une vingtaine d'invités a l'occasion d'être accueilli au Sénat, anticiper les portes-ouvertes des Journées du Patrimoine, mais aussi assister à quelques discussions au sein de la chambre du Sénat où Cécile Duflot défendait quelques amendements d'une nouvelle loi sur le logement. Trois sénateurs Yves Dauge, Jean-Pierre Caffet et Bariza Khiari ont accueilli à leur tour la délégation et expliqué leur intérêt pour la bande dessinée, l’œuvre de Jacques Martin et surtout le sujet du sénat. Il faut rappeler que le Palais héberge aussi la Chaine Parlementaire qui diffuse l'émission Un Monde de Bulles sur la bande dessinée.

La visite avait non seulement un intérêt culturel et citoyen, mais aussi historique permettant de souligner les différences entre le sénat d'aujourd'hui en France et le sénat romain de l'Antiquité. L'érudite scénariste Valérie Mangin en a profité pour contextualiser son récit dans les salons prestigieux de ce palais. Elle replace son "nouvel" héros dans son contexte historique et répond à beaucoup d'interrogations des lecteurs sur la vraisemblance historique de ses différentes hypothèses menant Alix au rang de sénateur. En voici donc presque l'intégralité.



Valérie Mangin © Manuel F. Picaud
« Si on avait voulu visiter le Sénat de l’époque d’Alix Senator cela aurait été beaucoup plus rapide. La Curie romaine n’est qu’une simple salle rectangulaire équipée d’un gradin de pierre. C’est un espace sacré, car le Sénat romain est une institution religieuse autant que politique. Selon la légende, il aurait été créé par Romulus, le fondateur mythique de Rome, et fils du dieu Mars. [...] Avant d’ouvrir une séance, on doit donc faire un sacrifice aux dieux et consulter les augures. Ainsi au Sénat, c’est seulement après avoir vérifié que les poulets sacrés ont bon appétit qu’on s’occupe des problèmes de Rome… Gastronomie et politique font depuis bon ménage.

Sous la République romaine, le Sénat est le cœur du pouvoir. Ses membres sont désignés à vie. Ils légifèrent dans tous les domaines. Seul le tribun de la plèbe peut s’opposer parfois à eux. Les consuls, les chefs de l’exécutif, sont choisis par les sénateurs parmi les sénateurs. Le cumul des mandats est donc la règle à Rome. Mais le sujet est encore brûlant. Sous l’Empire, au moment où se déroule Alix Senator, c’est un peu différent, Auguste a pris le titre de « princeps senatus », premier du Sénat. C’est lui qui dirige les débats et qui les oriente. De plus en plus, l’empereur prendra les décisions et les sénateurs ne feront que les approuver à main levée.

Pour arriver à ce résultat, Auguste a fait entrer beaucoup de ses partisans dans l’assemblée. Normalement, pour devenir sénateur, il faut remplir deux conditions : posséder un million de sesterces, et avoir déjà exercé une magistrature. Il faut donc être riche, honorable…. et être un homme. Car le sénat est évidemment interdit aux femmes. Imaginez la tête de nos sénateurs si on leur avait parlé de « parité » ou de « vice présidente » !

Visiteurs du Sénat pour Alix Senator © Manuel F. Picaud

Mais revenons à Alix qui nous réunit ici. Le jeune Gaulois créé par Jacques Martin remplit bien peu des conditions pour être sénateur. Par quel miracle l’est-il devenu 30 ans plus tard ? Proche de César, il connaît Auguste depuis sa jeunesse et l’affaire du Tombeau étrusque. Ils ont traversé les guerres civiles ensemble. L’empereur a donné à son ami le fameux million de sesterces et l’a dispensé de devoir remplir une charge publique.

Thierry Démarez © Manuel F. Picaud
Mais, me direz-vous, un Gaulois, même devenu citoyen romain par adoption, pouvait-il vraiment être sénateur ? Et bien, oui, c’est justement sous Auguste que les premiers représentants des provinces romanisées entrent au Sénat. Ils viennent du sud de la Gaule. Des sénateurs de la lointaine Lutèce seront même accueillis à la Curie un peu plus tard. Ces Gaulois qui siègent à Rome sont de beaux « modèles d’intégration », pour reprendre une expression actuelle. Il faudrait d’ailleurs que je regarde comment dire « issus de la diversité » en latin !

Ces sénateurs provinciaux ne résident pas de manière permanente à Rome. Ils y viennent seulement pour représenter leurs « collectivités locales », comme on dit de nos jours. En ça, ils sont les prototypes de nos sénateurs modernes. Je vous remercie donc, madame, messieurs, d’accueillir avec Alix quelque part votre plus vieil ancêtre ! »
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