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vendredi 23 janvier 2009

Top ten des meilleures ventes BD en 2008

Il est encore temps de tirer un petit bilan de l'année 2008. Ce classement des meilleures ventes de BD hors mangas est réalisé à partir de l'étude de Gilles Ratier, secrétaire de l'ACBD, Association de Critiques et journalistes de la Bande Dessinée (sur les tirages annoncés par les éditeurs) et surtout du classement réalisé par Livres Hebdo avec le concours d'Ipsos (sur les ventes d'albums en magasin, hors sites de vente à distance).

D'abord, voici les dix albums les plus vendus en France au cours de l'année 2008. Glénat est en super forme grâce à Titeuf de Zep clairement en pôle position, avec près de 500.000 albums vendus. Les rouleaux compresseurs Blake et Mortimer de Yves Sente et André Juillard (d’après Edgar P. Jacobs) ainsi que Largo Winch de Jean Van Hamme et Phiilppe Francq occupent les deux autres places du podium avec plus de 200.000 albums vendus : 266.600 pour le premier, 204.400 pour le deuxième.

Les sept autres titres du « Top Ten BD 2008 » se sont chacun vendu entre 136.600 et 91.500 exemplaires. Dans les 10 titres classés, le scénariste Jean Van Hamme a participé à 4 séries et Yves Sente signe deux scénarios (Thorgal et le Sanctuaire du Gondwana) tout comme Christophe Arleston (Lanfeust des Etoiles et Trolls de Troy chez Soleil). Côté éditeurs, Média Participations (Lucky Comics, Blake et Mortimer, Le Lombard, Dupuis, Dargaud) se taille la part du lion et tient son rang de leader avec 5 titres classés dans le « Top Ten BD 2008 », tandis que la maison Soleil a deux titres présents, à égalité avec le groupe Flammarion (Casterman, Fluide Glacial).


Suit la liste complète, toujours hors mangas, des 30 premiers albums les mieux vendus. Le tableau (voir ci-dessous) met en référence les tirages annoncés par les éditeurs et repris dans le rapport ACBD, mis en regard avec les ventes estimées par Ipsos pour Livres Hebdo. Le rapport tirages (total : 7.220.000) sur ventes (total d'exemplaires : 2.924.400) laisse songeur. Cela équivaut pour les albums les plus prometteurs à des retours ou invendus de 60%. Certes, ce chiffre est influencé par les gros tirages de Lucky Luke qui a à peine un mois d'exploitation derrière lui et du blockbuster de Glénat, Titeuf, qui en a quand même quatre. Reste que les taux de retour dans un marché très disputé ont augmenté ces dernières années.


L'humour réussit en général davantage aux éditeurs avec un taux de 76% pour Soeur Marie-Thérèse des Batignolles. Jungle cartonne avec les Simpson dont presque tous les exemplaires tirés sont vendus. Côtés tirages, la jeunesse (Titeuf, Lou, Cédric) représente l'équivalent de l'humour (d'Astérix aux Schtroumpfs) ou du réalisme (Blake et Mortimer, Largo Winch, XIII Mystery, Le Scorpion...). Côté ventes, l'humour atteint presque un taux de vente d'un album sur deux édités pendant la période considérée. La fantaisy publiée par Soleil (Lanfeust, Trolls) et le secteur jeunesse ont des taux de ventes sur tirages en retrait par rapport au marché global.

Évidemment, en nous concentrons sur les 30 meilleures ventes, nous passons sous silence l'immense majorité des 4712 autres nouveaux titres publiés en 2008
(dont 3.592 strictes nouveautés). N'oublions pas que seules 95 séries tirent à plus de 50.000 exemplaires. Dépasser aujourd'hui les 20.000 voire les 10.000 exemplaires vendus constitue déjà pour les auteurs une réelle satisfaction... Vivre confortablement de son art dans la bande dessinée est un luxe de quelques privilégiés seulement. Et c'est sans doute là une évolution à surveiller. L'édition de la BD prend le chemin de celle du roman et cela risque de se faire au détriment de la qualité...
_________
sources : chiffres de ventes : Livres Hebdo / Ipsos et tirages : ACBD

12 commentaires:

Anonyme a dit…

salut Manuel
Ah, le milieu de la BD en 2008, on pourrait en dire beaucoup, pour bien connaitre 4/5 personnes immergées dedans depuis presque 40 ans, celà va de mal en pis !!!! Quid des dessinateurs forcés de faire 3 albums par an pour avoir un niveau de vie à peu près décent, quid de ceux qui font 14h/jour pour faire leur album qui se vendra - au mieux - à 6000 ex, les rendant financièrement même pas au niveau d'un 1/2 smicard !! 90% de la profession est dans ce cas là,
sur chaque festival, on le voit, qui osera évoquer un jour celà, après l'avoir étudié, quel journaliste ou site s'essayera à cette enquête ?? certains acceptent des prix à la page de 80 euros !!!! un mai me disait
que le prix de la planche est le même qu'il y a 20/25 ans, en 2009 ! Alors, le milieu de la BD en 2009, c'est beaucoup de travail, pour un résultat financier très très faible, et ce pour 9 personnes sur 10, bref la "misère" pure et dure !
Etonnant, aucun site ou analyste du milieu BD ne parle ou évoque tout haut,
ce que tout le monde sait !

Pourquoi ce silence ????????????? des Harlé, Ratier, Turpin sont bien au "courant" de cet état de crise?

Le seul, à ma connaissance qui avait évoqué celà
était un auteur, celui des profs, PICA, qui connait bien le milieu et la crise/misère profonde de ses nombreux collègues, mais son intervention, même auprès du ministre avait fait une levée de bouclier
à l'époque sur actua BD, par une certaine franges d'artistes bobo-branchouille, oeuvrant pour l'art !!

Enfin, nous, les BD-istes, nous sommes des merdes, qu'on crève donc, et que la chasse des toilettes soient tirée.

Amicalement - Sinon, très bon Blog BD

Manuel F. Picaud a dit…

Bonjour,
merci pour ta visite, ton commentaire et ton éclairage. Ma conclusion était en effet un peu trop "light". Je l'ai complétée et en ai profité pour corriger quelques imprécisions des données de l'article en espérant être plus clair. Dans notre société élitiste, on s'intéresse souvent au haut du pavé. Je rencontre de nombreux auteurs qui n'en font hélas pas partie. Certes, le marché est difficile, certains souffrent. Il reste qu'il est encore possible de sortir de la masse pour certains. Le point mort éditorial (le volume de ventes nécessaire à l'équilibre entre coûts et ventes) a sensiblement baissé ces dernières années, permettant à des éditeurs de publier des albums à moins de 6000 ventes. Il est vrai aussi que certaines collections - dites plus tendance comme KSTR - a négocié unilatéralement des droits d'auteurs à la planche particulièrement bas. Il est vrai encore que les coloristes n'ont pas vu le prix de la planche mise en couleurs revalorisé à hauteur du coût de la vie. Alors oui, au-delà des chiffres enthousiasmants sur la croissance générale du marché, les situations individuelles sont moins satisfaisantes, parfois dramatiques. Et on assiste régulièrement à des artistes qui abandonnent le métier quand ils n'exercent pas plusieurs métiers. Je crois personnellement au mouvement social et au regroupement des auteurs pour défendre leurs droits. L'éclosion de syndicat professionnel est récente et peut-être source d'espoir.
Merci encore pour ce témoignage.
Bien cordialement, Manuel

Henscher a dit…

Moi ce qui me dérange dans ce tableau, même s'il est je pense globalement assez exact, c'est qu'il n'y a que des chiffres ronds.

Aucun "64 528 exemplaires vendus", par exemple, d'un album donné.

Vous me direz c'est assez anecdotique, pourvu qu'on ait un ordre de grandeur? Peut-être.

Mais tout de même, quand on commence à retoucher le chiffre des unités, pourquoi se priver sur celui des dizaines, etc, etc?

Mais j'ai trop d'imagination, reconnaissons le. :-)

Et je confirme que la crise est bel et bien là chez les auteurs. 2009 va être une année ... délicate, pour le moins.

Henscher a dit…

Au temps pour moi, j'avais mal lu la provenance des chiffres de ventes effectives. :-)

Pour le commentaire d'Anonyme, j'ai bien peur qu'il n'ait hélas trois fois raison, sur les conditions de travail des dessinateurs, notamment, même si, en tant que scénariste, j'aimerais pouvoir me consacrer entièrement à l'écriture, sans doute mon travail serait-il de bien meilleure qualité.

Je crois à cet égard que la profession toute entière aurait tout intérêt à se faire entendre une bonne fois pour toutes.

En ce sens, le SNAC BD est une des initiative les plus encourageantes depuis bien longtemps, même si leur combat va être ardu, par faute de moyens et d'écho dans le reste de la société. (Car qui se soucie du livre et de la BD?)

PICA a dit…

« Hélas je pense que le syndicat est une utopie, professionnel depuis 31 ans j'ai assisté et participé à plusieurs tentatives, toutes vouées à l'échec. Le métier est trop individualiste et il y aura toujours des auteurs qui accepteront des conditions...inacceptables!!! Et comment imposer des conditions aux éditeurs si tout le monde n'est pas d'accord. Chacun travaille chez soi et non dans un même lieu où il est plus facile de se fédérer...
En 1968 le prix des pages étaient de 250 à 800 FR, aujourd'hui des auteurs touchent ces mêmes sommes 40 ans plus tard!!!
Que faire? Je ne sais pas, j'ai tellement vu d'essais avortés et de gens qui se défilent ou s'en foutent, ou pire jouent perso...
Pour les chiffres ce ne sont que des estimations d'où des chiffres ronds (estimation IPSOS sur un certains nombre de points de vente, il faut en général les multiplier par 1,3 ou 1,5 car il manque la Belgique, la Suisse, le net et certains réseaux...)
Pica »

Jerome a dit…

Il y a aussi le système des offices et des retours, duquel l'artiste ne touche absolument rien. Les éditeurs en effet ne le rémunèrent qu'en pourcentage de ventes... Quand le livre est retourné, la vente n'est pas réalisée, l'auteur ne perçoit rien. Mais en librairie cela ne se passe pas aussi simplement. Après un certain nombre de mois, le livre est déprécié, il perd progressivement de la valeur et selon sa durée d'exposition en magasin, s'il est retourné à plus ou moins longue échéance, l'éditeur le reprendra a plus ou moins de prix. Ces variations de la valeur d'échange du livre, l'auteur n'en sait rien, n'en voit rien venir. Ainsi, un éditeur pourra se faire de l'argent en laissant simplement le livre dormir chez des libraire. Quand le livre revient, l'éditeur garde une part de l'argent avancé par le libraire, mais ne rétrocède rien à l'auteur, puisque le livre n'a pas été réellement vendu.

Et il y a aussi le problème des commandes. Juridiquement, tous ces albums de commande, qui ne sont pas l'oeuvre de l'esprit des dessinateurs, dont les thèmes, histoires, etc. sont imposés, ne sont pas des "oeuvres d'art" mais des réalisations, des commandes. Elles ne devraient pas être facturées comme des oeuvres d'art, ne devraient pas être couvertes par des contrats d'artiste-auteur, et donc pas par des contrats de publication, mais bien comme des travaux effectués et payés en honoraires. Ce ne serait pas la même imposition, les mêmes charges sociales, le même régime fiscal. Ca aussi, personne n'en parle, et pas les éditeurs. Mais imaginons qu'un jour un employé zélé du fisc mette son nez là-dedans. Ce serait beau à voir. Après tout, il y a une industrie du livre qui se nourrit du sang des "auteurs", artistes sans art...

Gord a dit…

Le magazine Marianne vient de faire un article de trois pages sur Angou 2009 avec en fond, la BD en crise de surproduction, les libraires sur-saturées de parutions les lecteurs déboussolés et ... effectivement
pour les auteurs et scénaristes de BD ... un futur bien bien sombre !!!
Comme dit déjà plus haut, je trouve aussi que le web BD en parle pas beaucoup, de cet état de chose ??

Manuel F. Picaud a dit…

merci à vous pour ces commentaires qui enrichissent le débat. Je viens de voir en effet l'article du journal Marianne intitulé "la bulle risque d'exploser". Il faut bien dire que tous les observateurs cherchent en ce moment quelle sera la prochaine catastrophe et dans la morosité ambiante, ils auront malheureusement rarement tort.

En tant qu'observateur du marché de la BD et aussi en raison de mon expérience professionnelle passée (j'ose à peine le dire en ce moment c'est encore plus mal vu qu'avant j'étais banquier...), je suis un peu plus sensible aux questions économiques.

J'en parle souvent comme d'un marché. Car c'en est un. Mais je n'oublie jamais que c'est aussi un art. Et toute la difficulté est de trouver un équilibre permettant à chacun de s'y retrouver. De façon générale, nous sommes dans une civilisation paradoxale car tout en développant la part d'immatériel dans la consommation, elle refuse souvent à ses créateurs le juste prix de leur travail.

Dans le secteur de la BD, je crains aussi que les éditeurs n'aient pas fait ces dernières années leur travail de sélection et d'accompagnement des œuvres, sans doute même à dessein, comme pour le disque, dans l'espoir qu'un titre permettra de faire la culbute. Or ce n'est ni se rendre service à terme, car le public se lasse de ne pas avoir le temps d'acheter une série qu'elle est déjà abandonnée, les auteurs ne sont pas valorisés à l'exception des blockbusters et plus dure sera la chute car les prétendants sont devenus plus nombreux.

Autour de ce sujet vient poindre la révolution numérique qui atteindra aussi le 9e art. Déjà la majorité des planches est mise en couleurs grâce à l'outil informatique. Mais les dessins sur informatique se développent aussi et de toute façon la technologie va permettre bientôt une lecture facilitée des albums sur des écrans souples. Les BD à télécharger... Là aussi comment se fera l'équilibre entre les auteurs, les diffuseurs, les éditeurs, etc... ?

C'est clairement un sujet qui en ouvre beaucoup d'autres et auquel ce blog donnera toute la place que vous souhaitez !

bien cordialement, Manuel

Brieg F. Haslé a dit…

Signalons que l'excellent article de Marianne est signé par la fort compétente Virginie François, également membre de l'ACBD !

Pierre-Marie Chotel a dit…

Pourquoi le monde de la BD obéirait-il à des lois différentes de celui de la peinture ou de la musique? Y coexistent depuis toujours professionnels, dont peu vivent largement de leur art, et amateurs que leur passion ne nourrit pas, et qui l'exercent à côté d'un métier alimentaire (professorat, souvent).

Manuel F. Picaud a dit…

Bonjour Pierre-Marie,
merci pour ce commentaire qui ouvre un vrai débat sur le financement de la culture. On assiste à mon avis à une paupérisation du métier de dessinateur et de scénariste de bande dessinée ces dernières années et certains sont obligés d'exercer à côté un métier alimentaire. Est-ce le modèle qu'on peut souhaiter ? Un album prend du temps en s'y consacrant totalement. Et un auteur se bonifie en exerçant son art avec régularité. S'il s'agit de faire des mit-temps, des tiers temps... on risque de devoir attendre longtemps certaines histoires et je ne suis pas certain que le lecteur s'y retrouve. Mais ça n'engage que moi.
La discussion est toujours bienvenue sur ce blog. Merci de vos visites.
cordialement, Manuel

Pierre-Marie Chotel a dit…

Bien sur, pour un auteur, l'idéal est qu'il puisse vivre de son art, mais si cela l'oblige à des productions alimentaires, quel est l'intérêt? De grands romanciers, de grands artistes, ont mené une double vie professionnelle et artistique sans déchoir ni y perdre leur âme, et sans amertume vis à vis de revenus qui, comme leurs tirages ou leurs ventes, sont restés trop modestes pour leur permettre d'en vivre décemment. Dans le monde de la musique, le plus souvent, musiciens et compositeurs exercent une activité d'enseignement. Appliqué à la BD, ce modèle éviterait une surabondance de l'offre des professionnels qui, fatalement, tire le prix des prestations vers le bas.